Soudan : trois ans de conflit et une catastrophe humanitaire sans précédent
Ce 15 avril marque un anniversaire tragique pour le Soudan. Il y a exactement trois ans, le pays sombrait dans une guerre dévastatrice, mettant fin aux espoirs nés de la révolution de décembre 2018. Les généraux Abdel Fattah al-Burhane et Mohamed Hamdan Dagalo, surnommé « Hemeti », autrefois alliés lors du renversement du gouvernement de transition en octobre 2021, se sont violemment affrontés dans les rues de Khartoum avant d'étendre les combats à l'ensemble du territoire.
La plus grave crise humanitaire de la planète
Les conséquences sont catastrophiques : environ 14 millions de civils ont été contraints à l'exode, déclenchant la plus grave crise humanitaire mondiale. Si un calme relatif règne désormais sur Khartoum depuis sa reprise par l'armée en mars 2025, les régions de l'ouest et du sud restent en proie à des violences incessantes.
La situation atteint un paroxysme dans l'État du Darfour du Nord où, selon une enquête des Nations Unies, le massacre perpétré fin octobre par les Forces de soutien rapide (FSR) à El-Fasher présente « les signes distinctifs d'un génocide ».
Un cri d'alarme depuis le terrain
Oumarou Mahamadou, coordinateur au Darfour du Nord pour l'ONG Alima, tire la sonnette d'alarme depuis BURHANE, une zone contrôlée par les autorités pro-armée où plus de 650 000 déplacés survivent dans des conditions extrêmes. « Le Soudan c'est vraiment une crise oubliée », affirme-t-il, soulignant que plus de 33,7 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire, un chiffre supérieur à la population australienne.
Des besoins qui explosent avec l'approche de la saison des pluies
Les déplacements massifs de populations se sont intensifiés, particulièrement au Darfour du Nord où les combats ont redoublé entre août et novembre 2025. Des milliers de personnes ont fui les camps de Zamzam et El-Fasher pour se réfugier dans des abris de fortune à Tawila.
La situation nutritionnelle est alarmante :
- Plus de 30% des enfants souffrent de malnutrition à l'échelle nationale
- El-Fasher et plusieurs zones du Kordofan du Sud sont classées en phase 5, soit en situation de famine
- Le camp de Tawila, isolé et aride, accueille 650 000 déplacés dans des conditions précaires
Des défis logistiques et financiers colossaux
L'acheminement de l'aide devient de plus en plus complexe :
- La saison des pluies approche, risquant d'embourber les routes déjà dégradées
- Le prix du carburant a bondi de 14 à 21 euros le gallon depuis le conflit au Moyen-Orient
- Seulement 10% des besoins humanitaires ont été couverts l'an dernier
Malgré ces obstacles, les équipes médicales sur place, composées à 70% de personnel soudanais souvent déplacé lui-même, font face avec un professionnalisme remarquable mais manquent cruellement de moyens.
Violences sexuelles et protection des civils
La guerre a également entraîné des centaines de cas de violences sexuelles et basées sur le genre. Même dans le camp de Tawila, les femmes et les filles sont particulièrement exposées, notamment la nuit en l'absence d'éclairage. Les organisations humanitaires mettent en place des services de prise en charge holistique tout en renforçant la surveillance communautaire.
Trois ans après le début des hostilités, le Soudan s'enfonce dans une crise multidimensionnelle qui exige une mobilisation urgente de la communauté internationale, alors que les financements diminuent et que l'attention mondiale se détourne de cette tragédie humaine.



