C'est un grand raout auquel se presse la crème des industriels de la défense, des politiques et des militaires. Pendant trois jours, à Prague, le Globsec a réuni plusieurs centaines de participants autour des enjeux de la guerre d'aujourd'hui et de demain. Au détour d'une conférence, Oleksiy Reznikov a raconté à L'Express les semaines qui ont précédé et suivi l'invasion russe en Ukraine. Pendant des mois, peu ont voulu croire à l'imminence de la catastrophe - jusqu'à ce qu'elle se produise. Aujourd'hui, l'ancien ministre presse les Européens de se préparer à une menace qui les concerne au premier chef. Il livre aussi un constat sombre : dans un monde où les conflits régionaux ont des répercussions globales, la troisième guerre mondiale a probablement déjà commencé.
Les avertissements américains et le scepticisme européen
L'Express : La CIA a correctement évalué les intentions du Kremlin. Comment les Etats-Unis vous ont-ils prévenus de l'imminence d'une invasion ?
Oleksiy Reznikov : J'ai été nommé ministre de la Défense trois mois avant l'offensive, en novembre 2021. Le moment était particulièrement intéressant car nous avions différents types d'information. Certaines étaient contradictoires. Certains partenaires, en premier lieu à Washington, à Londres, ont essayé de nous convaincre d'une attaque imminente de la Russie. Au même moment, les autres capitales européennes nous assuraient qu'il ne s'agissait que de menaces. Nous étions, selon eux, en train de revivre le scénario du printemps 2021.
Le scénario du printemps 2021
A ce moment-là, la Russie avait accumulé énormément de troupes en Crimée ainsi qu'à l'Est de la frontière ukrainienne, entre Lugansk et Donetsk - environ 140 000 hommes. La menace était tangible, mais plusieurs contacts entre Vladimir Poutine et Joe Biden avaient permis de calmer les choses : un premier coup de fil à l'arrivée du nouveau président américain, suivi d'un ou deux appels supplémentaires, et une rencontre à Genève, en Suisse.
La répétition du scénario
Entre l'automne 2021 et le début de l'hiver 2022, le scénario a semblé se répéter, avec des exercices militaires près de la frontière séparant l'Ukraine de la Biélorussie. On évoquait une nouvelle fois plus de 100 000 hommes. Malgré ces signaux, de nombreux Européens restaient sceptiques, refusant de croire à une invasion imminente. Reznikov souligne que cette incrédulité a coûté cher à l'Ukraine et que l'Europe doit désormais tirer les leçons de cette expérience.
Pour l'ancien ministre, la guerre en Ukraine n'est pas un conflit isolé. Elle s'inscrit dans une série d'affrontements régionaux qui, combinés, pourraient dégénérer en un conflit global. Il appelle les dirigeants européens à renforcer leur défense et à prendre au sérieux les menaces russes, car, selon lui, la troisième guerre mondiale a déjà commencé, même si elle ne porte pas encore ce nom.



