Un rapport français dans les archives américaines
Comment un document français sur les ovnis s'est-il retrouvé dans les archives de la Nasa et sur le site du Pentagone ? Le rapport Cometa fait partie des 161 documents déclassifiés publiés le 8 mai dernier par le Pentagone. Toutes ces archives portent sur les ovnis et proviennent de documents militaires américains, de la Nasa, du FBI et du département d'État.
La mise en ligne de ce rapport ne bouleverse pas le monde des passionnés d'ufologie, qui connaissent déjà son contenu : il avait été publié pour la première fois en français en 1999 dans le magazine VSD. Il est disponible en ligne depuis des années. L'archive publiée par le Pentagone contient le rapport, précédé d'une lettre datée de 2001 écrite par Carole Roisin, une Américaine du domaine spatial. Elle adresse le document à un certain « Dan » de la Nasa et sollicite un rendez-vous. Le nom complet de cet homme n'apparaît pas dans l'archive. C'est probablement par ce biais que le rapport Cometa s'est retrouvé dans les rayonnages de la Nasa. On ignore si « Dan » l'a lu.
Des témoignages de pilotes et de civils
Le document de 116 pages défend la thèse qu'il existe de « fortes présomptions » en faveur de « l'hypothèse extraterrestre » et qu'il faut préparer notre défense et renforcer la recherche. Il relate des cas de rencontres entre des pilotes et des phénomènes non identifiés, ainsi que des histoires de civils ayant observé des ovnis. Par exemple, Maurice Masse, un cultivateur de Valensole, affirme avoir vu en juillet 1965 deux petits êtres et un objet posé dans son champ de lavande. La gendarmerie a enquêté et constaté des traces.
Après une partie sur la recherche, le rapport postule l'existence des extraterrestres et s'interroge sur leurs intentions : « Pour l'instant ils ne paraissent pas s'immiscer dans nos affaires, mais il convient de se demander ce qu'ils recherchent. Veulent-ils envahir la Terre ? La préserver d'une autodestruction nucléaire ? Connaître et conserver le patrimoine de nos civilisations ? »
Un détour par la mythologie
En 1999, le sociologue Pierre Lagrange critiquait cette partie : « Les choses se gâtent lorsque le rapport aborde les travaux accomplis à l'étranger, notamment aux États-Unis. On apprend que les Américains auraient retiré un bénéfice technologique de la récupération de l'épave d'une soucoupe à Roswell en 1947 ! […] Les auteurs supposent que les traditions religieuses ont pour origine des visites d'extraterrestres mal interprétées. »
Ce document, bien que non officiel, a parfois été perçu comme tel en raison du statut des auteurs. Pierre Lagrange souligne le rôle de « l'argument d'autorité ». Derrière Cometa se trouve une association regroupant ingénieurs et militaires. Le rapport est préfacé par un général, et son introduction est signée par un autre général de l'Armée de l'air, Denis Letty. Celui-ci cite parmi les membres un autre général, un docteur en sciences politiques, un ingénieur général du génie rural des eaux et forêts, et un ingénieur en chef des Mines.
Un rapport influent aux États-Unis ?
À l'époque, Cometa a envoyé le rapport à Jacques Chirac et Lionel Jospin, qui n'ont pas réagi publiquement. Vingt-sept ans plus tard, il n'existe pas de « Cometa II ». Son influence pourrait s'être fait sentir aux États-Unis, selon Pierre Lagrange : « La journaliste Leslie Kean raconte que son intérêt pour les ovnis a été amplifié car elle pensait que les Français avaient de l'avance. En France, on se dit la même chose sur les États-Unis. L'herbe est toujours plus verte ailleurs, même pour les aliens ! »



