Plan Trump pour Gaza : un Nobel de la paix prématuré ?
Plan Trump pour Gaza : un Nobel de la paix prématuré ?

Un Nobel de la paix pour Donald Trump ?

Donald Trump pensait sans doute sincèrement mériter le prix Nobel de la paix. L’accord du 8 octobre, signé le lundi 13 à Charm el-Cheikh, venait de son point de vue – qu’il est le seul ou presque à défendre – couronner une série de réussites diplomatiques plus ou moins évidentes pour l’observateur extérieur. Saluons celle du plan américain, qui est réelle. Mais qui n’a été possible qu’au terme d’une séquence complexe et inédite. Et dont le devenir reste incertain au-delà de la première phase, qui a conduit à la libération des otages.

Un contexte géopolitique transformé

Ce plan n’a pu être adopté par toutes les parties que parce que la donne a changé depuis l’arrivée de Trump fin janvier et les premiers efforts de Washington en faveur d’un cessez-le-feu. Le Hamas, même loin d’être « éradiqué », est affaibli après deux ans de coups de boutoir israéliens et sous la pression de ses parrains. Or, les mouvements terroristes sont comme les entités politiques : ils veulent pouvoir survivre. Du côté israélien, la mobilisation des réserves commençait à s’essouffler, et la population était de plus en plus nombreuse à réclamer que la priorité aille à la libération des otages.

Une longue séquence diplomatique

Le déchaînement de la puissance militaire israélienne, même s’il a impressionné les États de la région, est allé trop loin au goût d’une administration américaine qui tient à préserver ses liens avec les pays du Golfe, et espère un jour présider à la normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite. En menaçant d’annexer la Cisjordanie. Ou encore en frappant par surprise le Hamas au Qatar, le 9 septembre, provoquant la fureur de Trump – qui entretient par ailleurs des liens personnels forts avec les États de la péninsule Arabique –, forçant M. Netanyahou à aller à Canossa en appelant personnellement de la Maison-Blanche l’émir du Qatar. Le pays obtenant à cette occasion une garantie de sécurité écrite des États-Unis (et un centre d’entraînement pour ses pilotes sur le territoire américain).

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Enfin, la mayonnaise n’a pu prendre qu’après une longue séquence diplomatique amorcée par la France et l’Arabie saoudite au printemps dernier. Car la reconnaissance par Paris de l’État de Palestine, le 22 septembre à New York, est l’arbre qui cache la forêt. C’est une démarche d’ensemble pour la fin de la guerre à Gaza et pour la revitalisation du processus de paix qui a été réalisée au cours des six derniers mois. Elle avait donné lieu à la déclaration de New York et à une résolution de l’Assemblée générale l’adoptant le 12 septembre, qui a contribué à ajouter une vision de long terme aux dispositions les plus immédiates du plan Trump.

Comment désarmer et expulser le Hamas ?

Maintenant que la première phase du plan est achevée, à quoi s’attendre pour la suite ? Sur l’avenir de Gaza, le plan Trump est une déclaration de principes : désarmement du Hamas, départ du territoire, désengagement israélien, force de stabilisation, contrôle de l’enclave par la communauté internationale, développement économique. Or, le diable se niche dans les détails. Comment désarmer et expulser le Hamas, qui n’a aucune intention de se laisser faire ? Les forces azerbaïdjanaises, indonésiennes ou turques qui contrôleront Gaza (les armées arabes ne se bousculent pas au portillon) auront-elles les moyens de leurs missions ?

On sait déjà que les États-Unis ne s’impliqueront pas directement – ils n’opéreront pas à l’intérieur du territoire. Comment s’articulera précisément la gouvernance de Gaza entre la force internationale de sécurité, l’équipe de technocrates chargée de gérer l’enclave et le Conseil de la paix que M. Trump présiderait et qui la chapeauterait ? Cet aspect des choses n’est pas le moins étonnant du plan. On peut penser à l’autorité provisoire qui gouvernait le Kosovo en 1999. Tony Blair, dont on se souvient qu’il fut l’envoyé spécial du Quartet pour le Moyen-Orient (dont les activités sont aujourd’hui mises en sommeil) de 2007 à 2015, sera-t-il le Bernard Kouchner de Gaza ? L’analogie est discutable : l’ancien ministre français y était haut représentant de l’ONU.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Aucune mention explicite de la Cisjordanie

Au-delà, la solution à deux États est-elle vraiment remise en selle ? On peut craindre que non. Certes, M. Netanyahou a avalé quelques couleuvres : libération d’assassins, amnistie des membres du Hamas, abandon de tout projet d’expulsion des Gazaouis et d’annexion de l’enclave et, surtout, énonciation d’une « voie crédible vers l’autodétermination palestinienne et la création d’un État, que nous reconnaissons comme l’aspiration du peuple palestinien ». Mais une voie qui ne serait ouverte qu’après la réforme de l’Autorité palestinienne… dont Israël sera, dans les faits, le seul juge. Plus important : aucune mention explicite de la Cisjordanie n’est faite dans le plan. L’hypothèse d’une annexion israélienne au moins partielle n’est donc pas exclue. Un flou nécessaire pour Israël, faute de quoi le gouvernement pouvait tomber.

Et la France dans tout ça ?

La résolution adoptant la démarche internationale pour la fin de la guerre et la relance de la solution à deux États, une initiative franco-saoudienne, a été adoptée par 142 voix, ce qui montre que les États-Unis n’ont pas fait campagne contre elle. Seuls dix pays ont exprimé leur désaccord, pour l’essentiel les plus « trumpistes » (États-Unis, Israël, Hongrie, Argentine…). Mais Washington avait besoin des pays arabes et musulmans pour finaliser sa propre démarche.

Un plan Trump à 90 %… pour Gaza

Depuis le 29 septembre, Paris ne lâche plus les États-Unis : la France prend le plan Trump au mot. M. Macron a réuni, avec ses partenaires européens, les pays arabes et musulmans au Quai d’Orsay pour préparer la mise en œuvre de la seconde phase du plan, contre l’avis des Israéliens. Il a été invité en Égypte lundi 13 octobre. Les cyniques diront que le président français ne fait qu’appliquer le fameux principe « Puisque ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs ». Ce serait sévère. Paris évite le tête-à-tête des pays arabes et musulmans avec MM. Trump et Netanyahou, veut s’assurer que la fin du plan américain sera mise en œuvre – y compris les réformes promises par l’Autorité palestinienne – et que la question de l’État de Palestine ne disparaîtra pas de l’écran radar de Washington après la conclusion de la guerre actuelle. Ce n’est pas une mince contribution. Car le plan Trump est à 90 %… un plan pour Gaza. Il est loin de dessiner l’horizon de la « fin d’un conflit de 3 000 ans » (sic), comme le dit le président américain.

L’idée d’une Palestine pleinement souveraine

Soyons lucides : rien n’indique que la solution à deux États puisse se concrétiser dans les mois qui viennent. Si la séparation entre Israéliens et Palestiniens est aujourd’hui une évidence en Israël – la solution à un État binational a sans doute été définitivement enterrée le 7 octobre –, l’idée même d’une Palestine pleinement souveraine vivant côte à côte avec l’État juif ne va toujours pas d’elle-même. Et tant que la droite radicale sera au pouvoir à Jérusalem, elle sera impossible. Sauf à imaginer – un scénario qui est à n’en pas douter dans la tête de certains stratèges israéliens – qu’un État palestinien soit créé… sur la seule bande de Gaza.

La vraie question est la suivante : M. Trump tient sans doute à parachever les accords d’Abraham par la normalisation des relations israélo-saoudiennes. Peut-il trouver d’ici à fin 2028 un chemin acceptable à la fois par Jérusalem et Riyad, qui ouvrirait la voie à l’établissement d’un État palestinien (nécessaire pour l’Arabie saoudite) sans toutefois le concrétiser (impossible pour Israël) ? Rien n’est moins sûr. Tout au plus pourrait-on retrouver une dynamique analogue à celle des accords d’Oslo (1993-1995), dont on sait que les dispositions devaient n’être que provisoires… Au mieux, donc, on aurait plus de trente ans plus tard une sorte d’« Oslo III ». Les « 20 points de Trump » peuvent rappeler les « 14 points de Wilson » (1918)… qui ne furent que très partiellement mis en œuvre. Mais qui avaient valu le prix Nobel de la paix au lointain prédécesseur de l’actuel président.

*Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, est l’auteur de « La guerre des mondes » (Nouvelle édition, Alpha, 2025).