L'équipe de tournage du film « Roya », qui raconte les tourments et traumatismes subis par une prisonnière politique à la prison d'Evine à Téhéran, a demandé lors de l'avant-première allemande du film à « ne pas oublier » le peuple iranien. « L'existence du peuple iranien aujourd'hui, c'est comme celle de Roya », l'héroïne du film, « ce n'est pas vivable », a résumé la réalisatrice iranienne Mahnaz Mohammadi, 51 ans, lors d'un entretien à l'AFP mercredi, en marge de la projection dans un cinéma berlinois.
Déjà présenté à la Berlinale en février 2026, le film, qui débute par une longue séquence de tortures physiques et psychologiques infligées à Roya, sortira dans les salles allemandes le 7 mai. Tourné principalement en Géorgie, et pour certaines scènes clandestinement en Iran, il s'inspire directement de l'expérience de Mahnaz Mohammadi, cinéaste et militante des droits humains emprisonnée « six ou sept fois », notamment à Evine, sur ses deux dernières décennies.
Le film « n'est qu'un aperçu de ce qui se passe en ce moment en Iran », a insisté lors de la présentation le producteur iranien du film, Farzad Pak. Un total de 21 personnes ont été exécutées et plus de 4 000 arrêtées en Iran pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale depuis le début du conflit au Moyen-Orient, a annoncé mercredi le Haut-Commissariat des droits de l'homme de l'ONU.
« Chaque jour, toutes les 4 à 6 heures, ils exécutent une personne »
« Des milliers de personnes sont en prison, et elles sont dans la file d'attente pour l'exécution. On ne sait pas ce qui se passe là-bas, alors […] s'il vous plaît, n'oubliez pas l'Iran », a ajouté M. Pak. « Regarder ce film, surtout maintenant, est tellement important, parce que tant de gens sont absorbés par cette guerre et oublient ce qui se passe là-bas, dans les prisons », a abondé l'actrice Maryam Palizban, interrogée par l'AFP.
« Chaque jour, toutes les quatre ou six heures, ils exécutent une personne » qui « meurt sans justice », a souligné Mahnaz Mohammadi, qui dit avoir été forcée d'assister à plusieurs pendaisons. Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1 639 personnes en 2025, un record depuis 1989, ont récemment affirmé les ONG Iran Human Rights (IHR) et Ensemble contre la peine de mort (ECPM), pour qui cette tendance pourrait s'accentuer si la République islamique « survit à la crise actuelle ».
Les Iraniens sont « épuisés » mais « espèrent toujours le jour d'après la République islamique », une perspective qui leur permet de « supporter » la situation actuelle, affirme Mahnaz Mohammadi. Le film « Roya » se veut ainsi un cri d'alarme pour que le monde ne détourne pas le regard.



