Mali : quatre questions pour comprendre le conflit entre la junte au pouvoir et les djihadistes alliés aux rebelles touaregs
Depuis les attaques de samedi dernier coordonnées par les djihadistes affiliés à Al-Qaïda et les indépendantistes touaregs, la situation sécuritaire au Mali est très précaire. La junte au pouvoir depuis 2021 est sur la sellette.
Que s'est-il passé le week-end dernier ?
Samedi 25 avril, les djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), allié à Al-Qaïda, ont revendiqué une série d'attaques coordonnées avec la rébellion touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) contre des positions stratégiques de la junte. Ces attaques ont eu lieu en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes importantes. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, figure-clé de la junte, a été tué. Le chef des services de renseignement, Modibo Koné, a été blessé. Assimi Goïta, chef de la junte, est resté invisible jusqu'à mardi soir, où il a affirmé que la situation était « maîtrisée ». Un hommage national a été rendu à Sadio Camara vendredi.
Qui sont les groupes à l'origine de ces attaques ?
Les attaques ont été menées par les djihadistes du GSIM et les rebelles touaregs du FLA, concrétisant une alliance scellée il y a un an. Cette alliance, fondée sur des intérêts divergents mais un ennemi commun (la junte et les paramilitaires russes), prévoit l'acceptation de la charia par les Touaregs, un échange de compétences militaires et une répartition des territoires conquis. Les relations entre ces groupes étaient auparavant conflictuelles, mais leur coopération s'est renforcée avec des transferts de savoir-faire militaire, notamment en matière d'engins explosifs improvisés.
Quelle est la réponse des autorités maliennes ?
La junte s'appuie sur l'Alliance des États du Sahel (AES), une force unifiée antidjihadiste rassemblant le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Ces trois pays, dirigés par des juntes hostiles à la France, accusent régulièrement Paris de déstabilisation. Depuis le retrait des forces françaises, ils ont noué des alliances avec la Russie. Les djihadistes appellent au retrait des paramilitaires russes, mais le Kremlin a affirmé que ses forces se maintiendraient pour lutter contre le terrorisme.
Où en sont les combats ?
Les rebelles et les djihadistes contrôlent désormais la ville-clé de Kidal, perdue en novembre 2023. Le GSIM a appelé à un front commun contre la junte, incluant partis politiques et forces armées, pour instaurer la charia. Les indépendantistes touareg ont annoncé leur intention de conquérir les grandes villes du nord. Un blocus routier est imposé à Bamako, immobilisant des centaines de véhicules sur les axes vers Conakry, Abidjan et Dakar. Le camp stratégique de Tessalit est tombé sous contrôle des groupes armés. La force unifiée de l'AES a mené d'intenses campagnes aériennes dans le nord du Mali.



