Le Liban, victime d’un jeu de dupes entre Israël et l’Iran, se transforme en poupée vaudou où chaque camp plante ses aiguilles, infligeant des souffrances à toute la région. Cette métaphore, utilisée par l’analyste politique Karim Bitar, illustre la situation explosive du pays du Cèdre, pris en étau entre les intérêts divergents de Téhéran et de Tel-Aviv.
Un terrain de confrontation régionale
Depuis des décennies, le Liban sert de champ de bataille par procuration pour les puissances régionales. L’Iran, via le Hezbollah, y a établi une influence militaire et politique considérable. En face, Israël mène régulièrement des frappes pour contrer ce qu’il perçoit comme une menace existentielle. Selon un rapport de l’International Crisis Group publié en 2023, le Hezbollah dispose d’un arsenal de plus de 150 000 roquettes et missiles, capables de frapper tout le territoire israélien. De son côté, l’armée israélienne a mené plus de 200 frappes aériennes sur le sol libanais entre 2020 et 2023, selon les données compilées par le site d’information Al-Monitor.
Les aiguilles israéliennes et iraniennes
Les « aiguilles » plantées par Israël prennent la forme de frappes ciblées visant les infrastructures du Hezbollah, mais aussi de pressions diplomatiques pour affaiblir l’État libanais. L’Iran, quant à lui, utilise le Hezbollah comme levier pour déstabiliser Israël et étendre son influence au Levant. « Le Liban est devenu un champ de bataille où les conflits régionaux se rejouent, sans que les Libanais aient leur mot à dire », explique Karim Bitar, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).
Un pays exsangue
Cette situation aggrave la crise économique et politique que traverse le Liban depuis 2019. Selon la Banque mondiale, le PIB du pays a chuté de près de 60 % entre 2018 et 2022, tandis que l’inflation atteignait 264 % en 2023. Plus de 80 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, d’après l’ONU. Les services publics – électricité, santé, éducation – sont au bord de l’effondrement. « Les Libanais paient le prix fort pour des conflits qui les dépassent », déplore l’activiste et journaliste Rania Masri, dans un entretien à France 24.
La communauté internationale impuissante
Les tentatives de médiation internationale, notamment de la France et des États-Unis, n’ont pas abouti. L’accord de cessez-le-feu de 2006, qui devait désarmer les milices, est resté lettre morte. Le Hezbollah, classé organisation terroriste par Washington, conserve ses armes et contrôle de facto une partie du territoire. « La communauté internationale regarde le Liban s’enfoncer sans agir réellement », regrette l’ancien ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil, dans une déclaration à L’Orient-Le Jour.
Vers une escalade incontrôlable ?
Les experts redoutent une nouvelle conflagration. En août 2023, des échanges de tirs entre le Hezbollah et l’armée israélienne ont fait craindre un embrasement. « Chaque nouvelle frappe israélienne ou chaque roquette du Hezbollah rapproche la région d’une guerre ouverte », avertit Karim Bitar. Pour l’heure, le Liban reste une poupée vaudou meurtrie, symbole des tensions qui déchirent le Moyen-Orient.



