Sans aucun poste officiel, Mauricio Claver-Carone pourrait pourtant peser lourdement sur le destin de l'Amérique latine, et plus particulièrement du Venezuela. Le 25 mai, le quotidien américain Washington Post lui a consacré un portrait détaillé. Cet avocat floridien de 51 ans, qui a brièvement occupé le poste d'envoyé spécial pour l'Amérique latine au début du second mandat de Donald Trump, est aujourd'hui l'un des architectes américains du Venezuela post-Nicolas Maduro. Depuis la capture du président par les États-Unis, le 3 janvier dernier, Claver-Carone serait en contact constant avec Caracas et conseillerait la Maison-Blanche sur la gestion des relations avec le Venezuela, l'implication des entreprises américaines dans l'industrie pétrolière du pays, ainsi que la restructuration de sa dette.
Assurer la stabilité politique
Depuis la destitution de Maduro, Claver-Carone a assumé un rôle encore plus important. Il aide à mettre en œuvre le plan de l'administration visant à travailler avec Delcy Rodríguez, la présidente par intérim, et à exploiter les vastes richesses pétrolières du pays sud-américain, selon le Washington Post. Cet ancien cadre de la Banque interaméricaine de développement dicterait au quotidien à Delcy Rodríguez et à son frère Jorge Rodríguez, président du Parlement, les directives de Washington. Il participerait également à la sélection des entreprises intervenant dans l'industrie pétrolière et des sociétés financières chargées de restructurer la dette vénézuélienne, estimée à 170 milliards de dollars.
Qui est-il ?
Mais d'où vient cet influent homme de l'ombre ? Né à Miami, Mauricio Claver-Carone est le fils d'expatriés cubains et, tout comme Marco Rubio, un fervent opposant aux régimes de gauche de La Havane et de Caracas. Sous la première administration Trump, il a été directeur des affaires de l'hémisphère occidental au sein du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche. À l'époque, il plaidait pour une campagne de pression contre le gouvernement de Maduro. En 2020, Donald Trump a tenté de le placer à la tête de la Banque interaméricaine de développement, mais Claver-Carone a finalement été expulsé du conseil d'administration après des enquêtes pour manquement à la déontologie. Suite à cet échec, il a fondé, avec sa partenaire Jessica Bedoya, la société d'investissement LARA Fund, qui vise à mettre en relation des investisseurs américains avec des projets prometteurs en Amérique latine.
Venezuela post-Maduro
Avec le retour de Donald Trump à la présidence, Claver-Carone a retrouvé une place dans la vie politique américaine en tant qu'envoyé spécial temporaire du département d'État en Amérique latine, poste qu'il a occupé pendant 130 jours au début du second mandat de Trump. Pendant cette période, il a consacré beaucoup de temps au dossier cubain et a été une personne de référence alors que l'administration élaborait des plans pour contraindre Maduro à l'exil ou le capturer. Bien qu'il n'occupe plus officiellement de poste, Claver-Carone et Jessica Bedoya auraient été sollicités à titre privé pour contribuer à trouver une solution à la crise politique vénézuélienne et présenter des options pour un Venezuela post-Maduro. Ils auraient négocié avec Delcy et Jorge Rodríguez leur maintien à la tête des institutions politiques en échange de leur coopération.
Manque de transparence
Cette position officieuse suscite des critiques au sein de l'administration Trump, entre les proches du cercle Rubio et le personnel diplomatique. Des responsables américains ont indiqué que le dossier vénézuélien est géré presque exclusivement par la Maison-Blanche, où Rubio cumule les fonctions de conseiller à la sécurité nationale, plutôt que par le département d'État. Peu après le raid contre Maduro, les employés du département d'État chargés de l'Amérique latine ont reçu l'ordre de ne pas s'impliquer. Claver-Carone assure pourtant jouer uniquement un rôle d'intermédiaire, affirmant ne pas prendre de décisions. Le département d'État a déclaré dans un communiqué qu'il est un expert disposant de contacts dans toute la région et qu'il consulte régulièrement des responsables américains.
Soupçons de conflits d'intérêts
Les accusations ne portent pas uniquement sur le manque de transparence. Aux États-Unis, nombreux sont ceux qui regardent d'un mauvais œil les activités du couple d'entrepreneurs dans les affaires vénézuéliennes. Claver-Carone assure que le fonds LARA ne détient pas d'investissements au Venezuela. Cependant, selon des sources, des responsables vénézuéliens auraient subi des pressions pour désigner le cabinet de conseil financier Centerview pour le processus de restructuration de la dette. D'après des registres de vol, Jessica Bedoya a déjà partagé un avion avec des cadres de Centerview, dont les Français Matthieu Pigasse et Charles Albinet. La société a ensuite finalisé le contrat avec le Venezuela pour ce qui est considéré comme l'un des plus importants cas de défaut de paiement de dette souveraine au monde. Matthieu Pigasse et Jessica Bedoya rejettent toute accusation de conflit d'intérêts. Pendant ce temps, l'extraction de pétrole a repris au Venezuela, et les recettes sont déposées sur un compte contrôlé par le Trésor américain, qui les redistribue ensuite au pays. Une chose est sûre : les États-Unis entendent peser sur la restructuration de l'économie vénézuélienne et s'assurer de beaux deals.



