L'activiste panafricaniste Kemi Seba arrêté en Afrique du Sud lors d'une tentative de passage illégal
La police sud-africaine a interpellé Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, en compagnie de son fils alors qu'ils s'apprêtaient à traverser illégalement la frontière du Zimbabwe. L'itinéraire choisi par le militant panafricaniste, qui visait à rejoindre l'Europe, a surpris les observateurs. Cette arrestation intervient dans un contexte judiciaire particulièrement tendu pour l'activiste, dont les déplacements sont devenus de plus en plus complexes depuis qu'il a été déchu de sa nationalité française en 2024.
Un parcours militant marqué par les controverses et les expulsions
Né en 1981 de parents béninois naturalisés français, Kemi Seba s'est fait connaître au début des années 2000 avec la création de la « Tribu Ka », une organisation finalement dissoute en 2006 en raison de ses positions antisémites et suprémacistes noires. Depuis, le militant s'est imposé comme une figure controversée du panafricanisme, multipliant les actions contre le franc CFA et dénonçant ce qu'il qualifie de « néocolonialisme » français en Afrique.
Ses gestes les plus médiatisés, comme le brûlage public d'un billet de banque au Sénégal, lui ont valu d'être régulièrement expulsé ou refoulé de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, notamment de Côte d'Ivoire, du Sénégal et de Guinée. Ces expulsions successives ont progressivement compliqué ses déplacements sur le continent africain.
La déchéance de nationalité française et le soutien du Niger
En 2024, un décret publié au Journal officiel de la République française a acté la déchéance de nationalité de Kemi Seba. Les autorités françaises ont justifié cette décision par « une posture constante et actuelle résolument antifrançaise, susceptible de porter gravement atteinte aux intérêts français et de nature à caractériser une déloyauté manifeste ».
Cette mesure a également fait référence aux liens présumés de l'activiste avec le groupe paramilitaire russe Wagner et son soutien aux régimes sahéliens regroupés au sein de la Confédération des États du Sahel. Peu après cette décision, le Niger du général Abdourahamane Tiani est venu en aide à Kemi Seba en lui offrant un passeport diplomatique destiné à faciliter ses mouvements.
L'implication présumée dans la tentative de coup d'État au Bénin
Le 7 décembre 2025, alors que Cotonou était secoué par une tentative de coup d'État menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, Kemi Seba s'est engagé dans une bataille narrative intense. Fort de ses 2,6 millions d'abonnés cumulés sur les réseaux sociaux, il a affirmé que « contrairement à la propagande [du Bénin] et de ses alliés français, le camp de Patrice Talon n'a pas repris le contrôle ».
Pourtant, le jour même, les forces loyalistes appuyées par le Nigeria et la France ont neutralisé la menace, libéré les derniers otages et mis un terme à la tentative de prise de pouvoir. Quelques jours plus tard, Kemi Seba a renchéri en décrivant le vent de panique qui aurait soufflé, selon lui, sur la « bourgeoisie néocoloniale béninoise » et son « tyran adoré », Patrice Talon.
Le mandat d'arrêt international et la procédure d'extradition
Le 12 décembre 2025, la justice béninoise a émis un mandat d'arrêt international contre Kemi Seba pour « apologie de crime contre la sûreté de l'État, incitation à la haine, à la violence et à la rébellion ». L'activiste, qui possède toujours la nationalité béninoise malgré ses démêlés avec le président Patrice Talon, est désormais recherché par les autorités de son pays d'origine.
Quatre mois après ces événements, l'arrestation de Kemi Seba et de son fils dans un centre commercial de Pretoria a mis en lumière leurs tentatives de quitter l'Afrique du Sud. Le duo aurait monnayé leur passage illégal au Zimbabwe pour un montant de 13 000 euros avant d'être intercepté par les forces de l'ordre sud-africaines.
Une procédure judiciaire aux conséquences potentiellement lourdes
Actuellement en détention provisoire en Afrique du Sud, Kemi Seba fait face à une procédure d'extradition initiée par le Bénin. Le gouvernement de Romuald Wadagni, dauphin fraîchement élu de Patrice Talon, souhaite que l'activiste soit jugé sur son sol pour son implication présumée dans les événements de décembre 2025.
Une source proche de la présidence béninoise a confié : « Ce dernier a commis des infractions graves dont il doit répondre devant nos juridictions. Il est recherché à cet effet pour la tentative de coup d'État du 7 décembre qu'il a revendiquée tout en déclarant qu'il en préparait un autre. »
Si l'extradition aboutit, Kemi Seba pourrait être déféré devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), une institution créée en 2018 par le président Talon et redoutée pour la sévérité de ses peines. Cette perspective judiciaire ajoute une dimension supplémentaire aux difficultés déjà nombreuses rencontrées par le militant panafricaniste dans ses déplacements à travers le continent africain.



