Israël au Liban : entre légitime défense et stratégie d'expansion
Comme l'ensemble des nations occidentales le reconnaissent et l'affirment publiquement, Israël dispose du droit fondamental à assurer sa propre défense. Dans ce contexte précis, l'opération militaire lancée contre le Liban apparaît comme une réponse légitime aux tirs répétés du Hezbollah sur son territoire, survenus après le début de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Il est manifeste que le mouvement chiite exprimait ainsi sa solidarité avec la République islamique, entraînant de facto son pays dans un conflit qui ne le concernait pas initialement.
Des méthodes et des objectifs remis en question
Cependant, des interrogations profondes persistent quant à la méthode employée par Israël et aux objectifs qu'elle semble révéler. En effet, des experts israéliens admettent eux-mêmes que les bombardements intensifs de zones résidentielles, bien qu'ils éliminent des combattants ennemis, causent également de nombreuses victimes civiles et ne résoudront pas le problème posé par le Hezbollah.
L'expérience de la bande de Gaza, quasiment rasée mais toujours sous le contrôle du Hamas, en apporte la preuve. Par ailleurs, Israël s'est déjà acharné à plusieurs reprises sur son ennemi libanais, que ce soit par des opérations audacieuses de ses services secrets ou par de multiples frappes, sans jamais parvenir à mettre un terme à ses activités. Il est difficile d'imaginer pourquoi il réussirait aujourd'hui ce qu'il n'a pas accompli hier. Un mouvement comme le Hezbollah ne s'éradique pas par des bombardements aériens.
La complexité de la situation libanaise
Israël sait parfaitement que si le président et le gouvernement libanais actuels ne désarment pas le Hezbollah, ce n'est pas par mauvaise volonté, mais parce qu'ils n'en ont tout simplement pas les moyens. Depuis longtemps, le Liban n'avait pas connu d'autorités gouvernementales aussi honnêtes et déterminées à tout mettre en œuvre pour rétablir le fonctionnement de l'État et transformer le Hezbollah en un simple parti politique dépourvu de moyens militaires.
Elles se heurtent pourtant à une réalité implacable : l'influence politique prédominante que conserve ce mouvement au sein de la communauté chiite, qui représente probablement plus d'un tiers de la population du pays et fournit une proportion substantielle des hommes du rang de l'armée. Engager cette dernière contre le Hezbollah reviendrait donc à courir le risque, sinon d'une défaite, au moins d'une guerre civile dévastatrice.
Les véritables objectifs israéliens
Face à ces évidences, il est légitime de s'interroger sur les intentions réelles de Jérusalem en lançant une opération de grande envergure qui ne peut atteindre l'objectif officiellement annoncé : la destruction du Hezbollah. L'attention doit se porter sur le terrain où Tsahal a entrepris la dévastation systématique de la zone au sud de la rivière Litani.
Après avoir contraint l'essentiel de la population à fuir sous la menace, l'armée israélienne y rase méthodiquement les villages, qu'ils soient chrétiens ou musulmans. Rien n'est épargné – églises, mosquées, hôpitaux, écoles, ponts, etc. L'objectif semble clairement d'interdire aux habitants de revenir chez eux et d'en faire des réfugiés permanents.
Un parallèle troublant avec Gaza et la Cisjordanie
Il paraît difficile de ne pas établir un parallèle avec ce qui se produit ailleurs. À Gaza, les Israéliens ont considérablement réduit la taille d'un territoire déjà restreint, où plus de deux millions d'êtres humains s'entassent dans des conditions humanitaires, alimentaires et sanitaires précaires.
En Cisjordanie, avec la connivence des forces de l'ordre, ils se livrent à ce que l'ancien Premier ministre Ehud Olmert qualifie de « pogroms », qui ont déjà coûté la vie à près d'un millier de civils sans qu'aucun Israélien ne soit poursuivi. En Syrie, ils ont sensiblement élargi la zone qu'ils contrôlent aux dépens de leur voisin.
Des ministres et des politiciens de la majorité gouvernementale appellent publiquement, sans être rabroués par le Premier ministre, à l'annexion de ces zones, allant parfois jusqu'à prôner l'expulsion de leurs habitants.
La revendication historique de la droite radicale
Or, le territoire au sud du Litani constitue une revendication de longue date de la droite radicale israélienne, aujourd'hui au pouvoir. Dans ce contexte, certains appellent ouvertement à la colonisation de Gaza et du Liban, sur le modèle de ce qui a été réalisé avec persévérance depuis 1967 en Cisjordanie.
Loin de n'être que paranoïa ou anti-israélisme maladif, il existe une vision du « Grand Israël » que prônent publiquement ministres et députés de la majorité. Force est de constater que, loin de se réduire à des élucubrations extrémistes, leurs propositions ont été adoptées une à une par le gouvernement israélien en Cisjordanie, à Gaza ou en Syrie, et qu'ils s'en vantent triomphalement. Pourquoi pas demain au Liban ?
Un gouvernement d'ultra-droite aux ambitions inquiétantes
La modification récente de la législation sur la peine de mort devrait dissiper les derniers doutes sur l'orientation politique d'un gouvernement d'ultra-droite. Comment oublier ou négliger le fait que le ministre de la Sécurité publique, Itamar Ben Gvir, artisan de cette réforme, a longtemps été classé comme « terroriste » par les services de sécurité israéliens eux-mêmes ?
Il a distribué des milliers d'armes à ses partisans et transformé la police en une milice qui réprime brutalement les manifestations pacifistes. Jusqu'où ira, à l'intérieur comme à l'extérieur, un pays où le traumatisme légitime des atrocités subies le 7 octobre 2023 a, semble-t-il, libéré une violence qui exclut toute négociation et ne trouve de finalité qu'en elle-même ? C'est avec une profonde tristesse qu'il faut poser la question : quo vadis Israël ?



