Iran : Frappes américano-israéliennes, un règlement de comptes historique selon une experte
Plusieurs explosions ont retenti tôt ce samedi matin à Téhéran et dans quatre autres villes iraniennes, marquant une escalade dramatique des tensions dans la région. Cette attaque, menée conjointement par les États-Unis et Israël, intervient après des semaines de montée des hostilités. Agnès Levallois, vice-présidente de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), décrypte la situation dans une interview exclusive.
Une attaque préventive aux motivations complexes
Le ministère de la défense israélien a qualifié ces frappes de « préventives », un concept du droit international qui nécessite une menace imminente. Cependant, Agnès Levallois souligne que des négociations étaient en cours avec l'Iran, remettant en cause cette justification. « Le fait d'en découdre avec la République islamique est une véritable obsession de Benjamin Netanyahou », explique-t-elle, ajoutant qu'Israël entraîne souvent les Américains dans de telles opérations.
Les arguments israéliens ont finalement convaincu Donald Trump, qui a décidé de s'engager militairement. « Trump a un vieux compte à régler avec la République islamique », affirme l'experte, évoquant le traumatisme lié à la prise d'otages de l'ambassade américaine en 1979. De plus, l'Iran représente un marché de 90 millions d'habitants avec d'importantes ressources pétrolières et gazières, un aspect économique qui a influencé la décision américaine.
Les conséquences potentielles pour la région
Cette opération ouvre une nouvelle phase visant à anéantir les ambitions régionales de l'Iran. Tout dépendra de sa capacité à provoquer un changement de régime. Si un pouvoir pro-américain et pro-israélien s'installe, l'Iran pourrait retrouver sa place sur la scène internationale. Sinon, le pays risque de rester marginalisé et ostracisé.
Agnès Levallois exprime des doutes sur l'efficacité d'une intervention extérieure pour changer un régime, citant l'exemple de l'Irak en 2003. « Je suis très sceptique sur la capacité d'un changement de régime par une intervention extérieure », déclare-t-elle, soulignant les risques de chaos durable.
L'échec des négociations et la réponse iranienne
Les tensions ont augmenté ces dernières semaines après que Donald Trump a repris les négociations, mais son impatience a conduit à un échec. « Les hommes qui sont allés négocier pour Trump avec les Iraniens ne sont pas des diplomates, ce sont des hommes d'affaires », note Agnès Levallois, contrastant avec les diplomates iraniens expérimentés.
Frustré, Trump a opté pour la guerre. En représailles, l'Iran a frappé des bases américaines dans les pays du Golfe et bombardé Israël. Cependant, l'experte estime que les moyens de résistance de l'Iran sont limités. « Face à l'armada américaine et israélienne, les Iraniens n'ont absolument pas la possibilité de résister très longtemps », explique-t-elle, mentionnant l'affaiblissement de ses capacités après des guerres récentes.
Cette situation inquiète les pays du Golfe, qui craignent une déstabilisation régionale. L'issue dépendra de la durée du conflit et de ses répercussions sur la politique intérieure américaine.



