La survie du mouvement islamiste liée au parrain iranien
Le mouvement islamiste voit sa survie dépendre de plus en plus de l'Iran, tandis que le cessez-le-feu laisse irrésolus les principaux points de blocage. Le Liban reste profondément divisé sur le rôle et l'avenir du Hezbollah, avec des fractures qui se creusent entre partisans et opposants.
Un soutien social qui persiste malgré les destructions
Assis dans son bureau de la Bekaa centrale, Ali se dit las de devoir justifier son soutien au Hezbollah, au lendemain du cessez-le-feu du 16 avril, qui a suspendu la guerre ouverte le 2 mars contre Israël. « La résistance, ce n'est pas une organisation. C'est une idée », affirme cet homme d'affaires, rejetant la lecture israélienne du conflit. Ce discours, largement partagé dans les bastions chiites, témoigne d'une base sociale qui, malgré les destructions, continue de faire bloc derrière le parti.
Après sept semaines de guerre, 2 196 personnes ont été tuées au Liban, dont de nombreux civils. Environ 1 000 combattants du Hezbollah auraient aussi péri. Dans le camp adverse, 15 Israéliens, dont trois militaires, ont trouvé la mort. Ce soutien n'était pas aussi absolu au début du conflit. « J'ai considéré qu'il s'agissait d'une erreur », confie Mohammed Faani, agriculteur de Marjayoun. Mais l'ampleur des frappes, qui ont poussé plus de 1,2 million de personnes à fuir, ainsi que l'annonce de la création d'une « zone de sécurité israélienne » au sud du Litani, l'ont ramené vers le Hezbollah.
Les points de blocage irréconciliables
Car malgré la trêve, l'armée israélienne maintient ses positions dans la bande frontalière. Les termes de l'accord, qui lui sont largement favorables, lui permettent en effet de poursuivre ses opérations. Cet accord de dix jours, reconductible, est censé ouvrir la voie à des négociations directes entre les deux pays – une première depuis la conférence de Madrid en 1991. Mais deux points majeurs restent sans réponse : le retrait israélien du territoire libanais, exigé par Beyrouth, et le désarmement du Hezbollah, réclamé par Israël, deux exigences irréconciliables.
Pour le Liban, y répondre apparaît difficile, sinon impossible : l'issue ne se joue pas uniquement au sud, mais dans la relation stratégique entre le Hezbollah et l'Iran, et plus largement dans celle qui émergera entre Téhéran et Washington dans les semaines ou les mois à venir. Une séquence récente en témoigne : la réouverture du détroit d'Ormuz (aujourd'hui refermé par l'armée iranienne en raison du blocus américain) n'est intervenue qu'après l'acceptation, par Tel-Aviv, du cessez-le-feu au Liban, révélant au grand jour la solidarité entre front libanais et iranien.
Un atout stratégique pour le Hezbollah
Pour le Hezbollah, cette imbrication constitue un atout. Fragilisé depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, il regagne ainsi une partie du terrain perdu. De fait, son engagement aux côtés de l'Iran relève « moins d'une stratégie coordonnée que d'un réflexe de survie », estime Michel Naufal, journaliste au sein de la revue libanaise « 180 ». Mais cette dynamique accentue les divisions internes au Liban. Si le combat contre Israël demeure, pour une partie de la population, bien au-delà de la seule communauté chiite, une « question de dignité », souligne encore Michel Naufal, l'ampleur des destructions et la perspective d'une occupation durable du sud ravive les fractures.
Entre ceux qui voient dans le Hezbollah un rempart contre l'expansionnisme israélien et ceux qui dénoncent l'emprise croissante de l'Iran au détriment de la souveraineté de l'État, le fossé se creuse. C'est dans ce contexte délicat que le gouvernement libanais doit s'engager dans des pourparlers avec Israël, dont la date et le format restent, pour l'heure, inconnus. Joseph Aoun tente de prolonger la dynamique amorcée par le premier contact direct, le 14 avril à Washington, entre diplomates des deux pays.
Des négociations cruciales à venir
Un échange qui aurait en partie participé à créer les conditions de l'acceptation, par Israël, du cessez-le-feu. Mais le défi paraît considérable. Les négociations seront « cruciales », a déclaré Joseph Aoun, dont l'objectif est maintenant de « consolider le cessez-le-feu, d'assurer le retrait israélien des Territoires occupés dans le Sud, d'obtenir la libération des prisonniers et de résoudre les différends frontaliers ». Il a également prévenu que le Liban ne conclurait aucun accord portant atteinte à ses « droits », tout en affirmant travailler à un « accord permanent » avec Israël.
Dans ce contexte, la pression en vue du désarmement du Hezbollah est exacerbée. Joseph Aoun a rappelé que seule l'armée libanaise est légitime sur l'ensemble du territoire, conditionnant son déploiement au retrait israélien. Mais le gouvernement dispose de peu de leviers pour contraindre le mouvement chiite. En pratique, seule une inflexion venue de Téhéran pourrait le faire évoluer, tant ses choix restent étroitement liés à son parrain iranien. La survie du Hezbollah dépend ainsi de plus en plus de l'Iran, tandis que le Liban reste profondément divisé sur son avenir.



