Golfe : les attaques iraniennes menacent l'économie et le tourisme de Dubaï
Dans le Golfe, la pluie de missiles et de drones iraniens se poursuit sans relâche. Ce mercredi, de nouvelles attaques ont directement ciblé l'aéroport et le centre-ville de Dubaï, mettant en péril le quartier d'affaires de la métropole émiratie. Cette escalade a provoqué l'évacuation en urgence de grandes entreprises internationales, dont les cabinets d'audit Deloitte et PwC, ainsi que la banque HSBC.
Mesures de sécurité et impact économique
Face aux menaces explicites des autorités iraniennes, qui annoncent désormais vouloir frapper « les centres économiques et les banques » de la région, plusieurs établissements financiers français ont pris des dispositions. BNP Paribas, Natixis, le Crédit Agricole et la Société Générale ont incité une partie de leurs équipes à recourir au télétravail comme mesure de sécurité préventive.
Depuis le début de l'offensive iranienne il y a douze jours, les Émirats arabes unis ont été la cible de plus de 800 drones et 200 missiles. Un communiqué officiel de la République islamique a qualifié la nuit de mercredi à jeudi de « la plus violente et la plus lourde depuis le début du conflit ». Les projectiles ont également touché le port de Salalah à Oman et l'aéroport du Koweït, tandis que l'Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté sept missiles balistiques et abattu dix-huit drones dans l'est de son territoire.
Un tournant stratégique pour la région
Le politologue Alexandre Kazerouni, spécialiste de l'Iran et du monde arabe, estime que cette escalade constitue pour la région « un tournant aussi important que la guerre du Golfe de 1990-1991 ». « Ces projectiles risquent de faire s'effondrer l'immense travail des pays de la péninsule arabique depuis les années 1990 pour cultiver une autre image que celle de la guerre », redoute le maître de conférences à l'École normale supérieure.
Contrôle de l'information et répression
Après les premières publications d'influenceurs affolés sur les réseaux sociaux, les monarchies du Golfe ont tenté de reprendre le contrôle du récit. Aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, la population a été sommée de ne pas diffuser de « fausses informations », sous peine d'amendes pouvant atteindre 50 000 euros ou d'emprisonnement. Les débris des missiles interceptés sont immédiatement nettoyés et les périmètres sécurisés.
Au Qatar, 313 personnes ont été arrêtées pour diffusion d'« informations trompeuses et de rumeurs ». Des mesures similaires ont été prises à Bahreïn et au Koweït, où trois individus ont été interpellés pour s'être moqués de la situation du pays dans une vidéo. « Un pouvoir se révèle dans les crises », rappelle Alexandre Kazerouni. « Dans un régime autoritaire, vous avez le droit de ne pas être d'accord, mais pas de l'exprimer dans l'espace public. »
L'image de Dubaï ébranlée
Outre ses avantages fiscaux pour les investisseurs, Dubaï s'était forgé une réputation de destination rêvée pour les nouveaux riches grâce à son climat ensoleillé et ses paysages futuristes. Ces atouts séduisaient près de 20 millions de touristes annuels, contribuant à hauteur de 25 % au PIB national.
Clémence et Kevin, trentenaires originaires de Charente-Maritime, avaient l'image d'une ville « fake mais très safe, où l'on peut laisser ses affaires partout sans se les faire voler » avant de rendre visite à une amie à Dubaï fin février. « La tension montait dans la région, mais les expatriés nous avaient rassurés », raconte Clémence. « Ils nous disaient : “Jamais Dubaï ne sera touché, c'est sécurisé et il y a trop d'enjeux économiques.” »
Le samedi 28 février, alors qu'ils se prélassaient à la plage, le couple a vu filer les premiers missiles interceptés au-dessus de leurs têtes. « Les touristes ont pris peur rapidement. Moins les expatriés, qui ont mis quelques jours à réaliser », poursuit Clémence. Le couple est finalement rentré en urgence à ses frais via Oman et Amsterdam, affirmant qu'ils ne retourneront « absolument pas » à Dubaï.
Projets économiques compromis
Après avoir axé une partie de leur économie sur le tourisme, les pays du Golfe risquent d'en payer le prix. « Le modèle de Dubaï repose sur l'attractivité de son hub », observe Raphaël Le Magoariec, docteur en géopolitique. « Cette ville vit notamment de la tenue d'événements sportifs, en misant sur la circulation des flux avec les transports et l'immobilier. Mais cela le rend très fragile. »
Pour l'Arabie saoudite, ces frappes surviennent dans le contexte du projet « Vision 2030 », lancé en 2016 pour diversifier l'économie du royaume sur le modèle de Dubaï. Les Émirats proposent quant à eux un projet 2031 ciblé sur le tertiaire et la high-tech.
« On passe d'une géographie de la culture à une géographie de la guerre », analyse Alexandre Kazerouni. « Le pari de la culture, du sport et de l'éducation permettait à ces entités politiques de créer une convergence des valeurs avec les sociétés européennes. Cela, pour masquer les dimensions moins séduisantes de ces régimes, leur autoritarisme et la forte présence militaire. »
Selon le politologue, il faudra scruter avec attention la réaction des opinions publiques au sein des pays du Golfe. « Ces projectiles visibilisent les bases américaines qui y sont installées », poursuit l'auteur. « Ces bases en ont fait des cibles alors qu'elles devaient les protéger. Comment vont réagir les classes moyennes locales ? »



