À l'occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis, la droite chrétienne s'est mobilisée pour promouvoir une version révisée de l'histoire américaine. Selon un reportage du Monde, des groupes évangéliques et des politiciens conservateurs cherchent à présenter les États-Unis comme une nation explicitement chrétienne dès sa fondation.
Une campagne de révision historique
Des organisations comme WallBuilders et le National Constitution Center, sous influence conservatrice, diffusent des récits mettant en avant le rôle de la foi chrétienne chez les Pères fondateurs. Par exemple, ils insistent sur le fait que 52 des 56 signataires de la Déclaration d'indépendance étaient des chrétiens pratiquants, selon des sources historiques contestées.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte plus large de guerres culturelles aux États-Unis, où des lois récentes dans plusieurs États, comme la Floride et le Texas, limitent l'enseignement de l'histoire critique, notamment sur l'esclavage et le racisme systémique.
Des figures clés et des financements
Le pasteur et activiste David Barton, fondateur de WallBuilders, est l'une des figures de proue de ce mouvement. Il affirme que les États-Unis ont été fondés en tant que « république chrétienne » et que la séparation de l'Église et de l'État est un mythe moderne. Ses livres et conférences sont largement diffusés dans les écoles privées chrétiennes et les églises.
Le financement de ces efforts provient de fondations conservatrices, dont la Bradley Foundation et la Heritage Foundation, qui ont alloué des millions de dollars à des projets de révision historique. Selon le Southern Poverty Law Center, ces groupes dépensent environ 50 millions de dollars par an pour influencer les programmes scolaires.
Réactions et controverses
Les historiens académiques critiquent vivement cette réécriture. « C'est une instrumentalisation de l'histoire à des fins politiques », déclare John Fea, professeur d'histoire américaine à l'Université Messiah. Il souligne que les Pères fondateurs étaient majoritairement des déistes, influencés par les Lumières, et non des chrétiens orthodoxes.
Des organisations de défense des libertés civiles, comme l'American Civil Liberties Union (ACLU), ont intenté des procès contre des districts scolaires qui adoptent ces programmes. En 2025, une cour fédérale a bloqué une loi du Texas exigeant l'enseignement de la « contribution chrétienne » à la fondation des États-Unis.
Impact sur l'opinion publique
Un sondage du Pew Research Center de 2025 indique que 42 % des Américains croient que les États-Unis ont été fondés en tant que nation chrétienne, une hausse de 10 points par rapport à 2015. Cette croyance est particulièrement forte chez les évangéliques blancs (78 %) et les républicains (65 %).
La campagne de révision historique s'étend également aux musées et aux sites historiques. Le Musée de la Bible à Washington D.C. a récemment ouvert une exposition permanente intitulée « La Bible et la fondation de l'Amérique », qui présente des artefacts et des récits alignés sur cette vision.
Conséquences politiques
Cette réécriture de l'histoire a des implications politiques directes. Elle est utilisée pour justifier des lois restreignant les droits des LGBTQ+, l'accès à l'avortement et la laïcité de l'État. En 2026, plusieurs candidats républicains aux élections de mi-mandat ont fait de la « restauration des valeurs chrétiennes » un thème central de leur campagne.
En réponse, des coalitions interreligieuses et des historiens ont lancé une contre-initiative, « Histoire pour tous », qui propose des ressources pédagogiques gratuites pour contrer ce récit. Selon son directeur, James Grossman, « il est crucial de préserver une histoire fondée sur des faits, non sur des mythes politiques ».



