Une crise d’une gravité inédite : comment les relations entre la France et Israël se sont dégradées
La décision française de bannir le stand israélien du Salon de l’Armement Eurosatory, qui se tient à Villepinte du 15 au 19 juin, et l’expulsion par Israël d’une journaliste travaillant pour RFI ont encore dégradé les relations entre les deux pays. Depuis le 7-Octobre et la reconnaissance de la Palestine par la France, elles ont atteint un niveau de gravité inédit.
« Vous avez accordé au Hamas la reconnaissance d’un Etat palestinien alors que nos otages dépérissaient en captivité. Vous avez rendu cette décision très facile pour moi. » S’adressant à la France, le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, n’a pas hésité, jeudi 11 juin, à lui faire porter la responsabilité de l’expulsion d’Alice Froussard, journaliste notamment pour Radio-France, RFI, « le Figaro » et Médiapart. La jeune femme de 33 ans a été remise dans un avion alors qu’elle venait d’atterrir à Tel-Aviv. La « journaliste française soutenant le Hamas et affirmant que le massacre du 7-Octobre doit être replacé dans son contexte est en route pour Paris », a précisé le ministre.
Une expulsion qui survient après l’interdiction d’un ministre israélien
Cette expulsion d’une reporter par Israël – qui figure à la 116e place (sur 180) du classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières – survient après l’annonce par le Quai-d’Orsay, le 9 juin, de l’interdiction d’accès au territoire français du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich. Cette décision a été prise en raison de ses déclarations jugées « inacceptables » appelant à l’annexion de la Cisjordanie.
Le ministre israélien des Finances devait participer à une conférence économique à Paris, mais les autorités françaises ont estimé que sa présence n’était pas souhaitable. En représailles, Israël a annoncé l’expulsion de la journaliste française, une mesure rare et particulièrement grave dans les relations bilatérales.
Un contexte déjà très tendu depuis le 7-Octobre
Les relations entre la France et Israël n’avaient jamais été aussi mauvaises depuis la création de l’État hébreu. Le 7 octobre 2023, l’attaque du Hamas contre Israël a fait plus de 1 200 morts et déclenché une guerre dévastatrice à Gaza. La France, tout en condamnant l’attaque, a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à la protection des civils palestiniens.
En mai 2025, la France a officiellement reconnu l’État de Palestine, une décision qui a provoqué la colère d’Israël. « C’est une prime au terrorisme », a dénoncé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Depuis, les échanges diplomatiques sont devenus de plus en plus acerbes, chaque camp accusant l’autre de manquer de respect et de compromettre la sécurité régionale.
L’interdiction du stand israélien à Eurosatory, une nouvelle pomme de discorde
Le 9 juin, le gouvernement français a annoncé l’interdiction du stand israélien au salon Eurosatory, le plus grand salon de l’armement en Europe. Officiellement, cette décision a été justifiée par « les conditions d’utilisation des équipements militaires israéliens à Gaza, qui pourraient violer le droit international humanitaire ». Israël a vivement protesté, qualifiant cette mesure de « discriminatoire » et de « contraire à l’esprit de coopération entre alliés ».
Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a déclaré : « La France a choisi de se ranger du côté de nos ennemis. C’est une décision honteuse qui affaiblit la lutte contre le terrorisme. » En réponse, la France a rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv pour consultations, un geste diplomatique fort.
Une escalade qui inquiète la communauté internationale
Les États-Unis, alliés des deux pays, ont appelé à la désescalade. « Nous exhortons nos partenaires français et israéliens à trouver un terrain d’entente. Ces tensions ne servent les intérêts d’aucun des deux pays », a déclaré un porte-parole du département d’État. L’Union européenne a également exprimé sa préoccupation, tandis que des pays arabes ont salué la position française.
Pour de nombreux observateurs, cette crise reflète un profond désaccord sur le conflit israélo-palestinien. La France, qui abrite la plus grande communauté juive d’Europe et une importante diaspora arabe, tente de maintenir un équilibre délicat. Israël, de son côté, estime que Paris fait preuve de partialité et ne prend pas suffisamment en compte ses préoccupations sécuritaires.
Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Alors que les deux pays multiplient les gestes d’hostilité, la question d’une médiation se pose. Mais pour l’instant, aucune initiative concrète n’a été annoncée. La France et Israël semblent engagés dans une spirale de confrontation dont il est difficile de sortir.



