Bulgarie : les législatives sous la menace d'une ingérence russe après la défaite d'Orban
Après la défaite écrasante du Premier ministre hongrois Viktor Orban lors des élections nationales la semaine dernière, les législatives anticipées en Bulgarie, prévues ce dimanche 19 avril, ont pris une importance particulière pour Moscou. Le Kremlin cherche à reconquérir des soutiens au sein de l'Union européenne, et un nouveau parti se démarque à l'approche du scrutin : celui de Roumen Radev, ancien président bulgare connu pour ses volontés de rapprochement avec la Russie.
Il s'est rapidement imposé comme un acteur central de la campagne électorale, désormais donné favori, faisant craindre une ingérence de la main russe sur ces élections cruciales pour l'équilibre géopolitique en Europe.
Hausse suspecte des contenus pro-Radev sur les réseaux sociaux
Selon des chercheurs de Sensika Technologies — une entreprise travaillant avec le gouvernement intérimaire bulgare pour surveiller les contenus en ligne avant l'élection — cités par le Washington Post, un réseau de comptes TikTok et Facebook a fortement amplifié la visibilité de Roumen Radev à l'approche du scrutin.
Une croissance de publications pro-Radev plus de 60 fois supérieure à celles de ses rivaux a été observée entre janvier et mi-mars. Si l'origine de cette dynamique reste incertaine, des analystes interrogés par le journal évoquent la possibilité d'une opération d'influence coordonnée.
"Les Russes sont très, très désireux de compenser au moins partiellement la perte d'Orban en Hongrie", estime l'ancien ambassadeur bulgare en Russie Ilian Vassilev, cité par le Washington Post.
Roumen Radev, une figure politique influente et pro-russe
Roumen Radev, ancien président du pays et figure politique influente, défend une ligne critique envers le soutien occidental à l'Ukraine et plaide, depuis son départ, pour un rétablissement des relations avec Moscou. Sa formation "Bulgarie progressiste", née récemment et qui a connu une croissance notable, s'appuie sur son image d'ancien chef de l'État et sur un discours anti-corruption, dans un pays marqué par une instabilité politique chronique.
Selon le journal, informé par un haut responsable anonyme du renseignement européen, la campagne de Roumen Radev a aussi "été renforcée par un réseau d'anciens hauts gradés de l'armée bulgare ayant des liens avec le renseignement militaire russe et ayant soutenu Roumen Radev en promouvant ses positions contre l'aide à l'Ukraine".
Unité spéciale anti-ingérence russe mise en place
Face aux soupçons d'ingérence, les autorités bulgares ont été jusqu'à mettre en place "une unité spéciale en coordination avec la Commission européenne" pour tenter de contrer toute tentative.
"De telles interférences ont déjà été observées dans de nombreux pays européens et la Bulgarie ne fait pas exception", a déclaré le Premier ministre intérimaire bulgare, Andrei Gurov. "Nous prenons toutes les mesures de précaution… et nous protégeons le vote à la fois sur le terrain et en ligne", a-t-il assuré.
Le Kremlin, de son côté, rejette toute implication. Auprès du journal américain, son porte-parole Dmitri Peskov a affirmé ne pas avoir reçu "de déclarations pragmatiques ou de volonté de résoudre les problèmes par le dialogue" de la part de la Bulgarie.
Un impact potentiel limité mais une stratégie russe adaptable
S'il est élu, l'impact de Roumen Radev en faveur d'une politique pro-russe, tant au niveau national qu'européen, devrait néanmoins rester limité. Crédité d'environ 30 % des intentions de vote, il devra s'allier à un autre parti, probablement pro-occidental, pour former un gouvernement.
Pour les analystes, il est donc peu susceptible de représenter une force aussi puissante que Viktor Orban dans la défense des intérêts du Kremlin, ce dernier ayant régulièrement utilisé son droit de veto pour bloquer des initiatives de l'UE en faveur de l'Ukraine.
Moscou pourrait toutefois adapter sa stratégie, en cherchant moins à bloquer l'Union de l'intérieur qu'à exploiter l'instabilité et la fragmentation politique de certains États membres, comme la Bulgarie, où les tensions internes offrent des opportunités pour des manœuvres d'influence subtiles et persistantes.



