Ce devait être un cadeau d'anniversaire : le président américain, qui fête ce dimanche 14 juin ses 80 ans, avait affirmé, confiant, que les États-Unis signeraient dans la journée un accord avec l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Las, un grand sable israélien s'est semble-t-il glissé dans les rouages du plan parfait imaginé par Donald Trump.
Acte 1 : la promesse (présomptueuse) de Donald Trump
Le président américain Donald Trump a assuré, ce samedi, sur son réseau Truth Social, que « la signature de l'accord est prévue pour demain » (ce dimanche), jour de ses 80 ans, et que « dès qu'il aura été signé, le détroit d'Ormuz sera OUVERT À TOUS ».
Selon le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, le texte discuté prévoit certes la levée du blocus américain des ports iraniens, mais surtout une nouvelle gestion du détroit d'Ormuz, contrôlé par Téhéran depuis le début de la guerre. Une manière d'acter la mise en place du péage iranien ?
Donald Trump a en outre assuré que les Iraniens « ne voulaient plus d'arme nucléaire ». « Le moment venu, quand tout sera calme, nous irons récupérer la poussière nucléaire, enfouie profondément dans les montagnes grâce à nos magnifiques bombardiers B-2 et à leurs brillants pilotes, et nous la diluerons et la détruirons, que ce soit en Iran ou aux États-Unis. » Ce qui peut être vu comme un moyen de retarder les discussions sur la question, alors que Washington affirmait jusqu'ici qu'un accord devrait aboutir au « démantèlement » du programme nucléaire iranien et permettre aux États-Unis de récupérer cette matière fissile.
D'où le scepticisme de l'ancien président américain Barack Obama qui a déclaré ne pas s'attendre à un accord avec l'Iran bien « différent » de celui qu'il avait lui-même porté en 2015... avant qu'il soit déchiré par Donald Trump. « Il est peu probable que tout accord voyant le jour soit sensiblement différent ou constitue une amélioration significative par rapport à l'accord que nous avions au départ », a déclaré le démocrate dans un entretien à la chaîne ABC News.
Donald Trump, sous pression dans son pays pour sortir d'un conflit impopulaire, avait déjà annoncé de nombreuses fois qu'un accord était imminent sans que cela ne se concrétise… Que peut-il en être de cette énième promesse ?
Acte 2 : Téhéran douche l'optimisme de la Maison Blanche
À l'issue d'une semaine marquée par de nouvelles attaques entre la République islamique d'une part et les États-Unis et Israël d'autre part, Washington et Téhéran avaient, il est vrai, indiqué avoir réalisé d'importants progrès vers un compromis en fin de semaine. Mais les informations qui ont fuité sur ce possible accord initial, qui ouvrirait la voie à des négociations sur les détails techniques très contestés, présentent encore des divergences...
Et la déclaration optimiste du locataire de la Maison Blanche n'a pas été confirmée par l'Iran, l'agence de presse Fars, réputée proche des milieux conservateurs, ayant même assuré que l'Iran n'avait « pas encore pris ni annoncé sa décision finale » sur une signature, la possibilité d'un tel règlement suscitant l'opposition de certains ultraconservateurs. La diplomatie iranienne a de son côté évoqué samedi un accord dans « les prochains jours » mais pas dimanche, selon l'agence de presse gouvernementale Irna.
Comme l'a rappelé le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi : « Tant qu'un accord complet n'aura pas été conclu (…) on ne pourra affirmer avec certitude qu'un terrain d'entente a été trouvé. »
Acte 3 : Israël rallume la mèche
La possibilité d'une signature dimanche paraissait déjà bien hypothétique... quand l'armée israélienne a annoncé avoir mené dimanche des frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah pro-iranien, en représailles à des tirs de drones ayant touché le territoire israélien depuis le Liban. Pourtant, si le Hezbollah a revendiqué dimanche plusieurs attaques contre des soldats israéliens dans le sud du Liban, il n'a pas fait état à ce stade d'attaques contre le nord d'Israël.
L'armée israélienne a indiqué avoir « frappé avec précision » un centre de commandement du mouvement chiite pro-iranien. Selon l'agence nationale d'information libanaise, les bombardements ont touché le secteur de Ghobeiry. Un correspondant de l'AFP y a vu de la fumée et de la poussière s'élever près d'un appartement endommagé. Des débris recouvraient la rue, commerçante, où des habitants fouillaient les décombres dans un climat de panique. Trois corps ont été dégagés des décombres, tandis que « six blessés » ont été hospitalisés, selon la défense civile libanaise.
Or, de son côté, l'Iran a déjà prévenu Israël que viser la capitale libanaise constituait une ligne rouge, justifiant ainsi des tirs de missiles contre l'État hébreu il y a une semaine.
Acte 4 : les menaces de Téhéran
Le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a accusé les États-Unis de ne pas respecter leurs engagements, compromettant, selon lui, les pourparlers avec Washington.
« L'agression » israélienne contre la banlieue sud de la capitale libanaise « a une fois de plus démontré que les États-Unis n'ont soit pas la volonté de respecter leurs engagements, soit la capacité de le faire », a déploré Mohammad Bagher Ghalibaf. « Si vous n'avez ni la volonté ni la capacité de tenir vos engagements, il est inutile de parler de poursuivre dans cette voie », a ajouté sur X l'influent président du Parlement iranien, en référence aux pourparlers en cours.
« Il ne fait aucun doute que ces crimes ne resteront pas impunis », a pour sa part réagi à Téhéran le général Mohammad-Jafar Assadi, vice-responsable du commandement interarmées iranien, cité par l'agence Defa Press, spécialisée dans les questions militaires, et repris par les médias iraniens. Israël a dans la foulée affirmé se préparer à « une potentielle attaque en direction du territoire israélien dans les prochaines heures ».
Acte 5 : les regrets de Trump
Les frappes israéliennes dimanche sur Beyrouth « n'auraient pas dû avoir lieu », a regretté le président américain Donald Trump, appelant à la fin des attaques, alors que les États-Unis cherchent à finaliser un accord avec l'Iran.
« L'attaque de ce matin à Beyrouth n'aurait pas dû avoir lieu, surtout en ce jour particulier où nous sommes si près d'un accord de paix avec l'Iran », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social. « Israël a le droit de se défendre contre les menaces, mais l'attaque à laquelle il a réagi était d'une ampleur très limitée et insignifiante », a jugé le président américain dans ce message.
« Nous sommes très proches d'un accord qui apportera la paix dans la région, y compris au Liban, et toutes les parties devraient faire preuve de retenue. Il ne devrait plus y avoir d'attaques israéliennes nulle part au Liban, mais il ne devrait pas non plus y avoir d'attaques de la part d'aucune autre partie, y compris le Hezbollah, contre Israël (...) Ne gâchons pas tout ! »



