Un roman mentonnais sur le deuil et l'IA s'exporte en Grèce
Un roman mentonnais sur le deuil et l'IA s'exporte en Grèce

Un an après sa publication, le roman « Alex, je suis en train de me laisser te quitter » de Didier Aubourg, auteur installé à Menton, connaît un destin international. Traduit en grec par son ami Kostas Ntantinakis, l'ouvrage sera présenté le mercredi 24 juin 2026 lors de la cinquième édition du Festival international du livre de La Canée, en Crète.

Un roman sur le deuil et l'IA

Le livre raconte l'histoire de Sophie, une femme confrontée au deuil qui utilise l'intelligence artificielle pour retrouver la voix de l'être aimé disparu. « Ce n'est pas un roman sur l'intelligence artificielle, insiste Didier Aubourg, ingénieur de formation et ancien spécialiste des télécommunications. L'IA sert de vecteur à une histoire de perte et de reconstruction. »

L'auteur explique que l'idée est née d'une expérience personnelle : « J'ai vécu un deuil. Je me suis aperçu que, en fermant les yeux, je pouvais revoir l'image de la personne disparue, mais que je ne pouvais pas l'entendre. Exactement comme Sophie, mon héroïne, j'avais un enregistrement sur le téléphone que j'écoutais pour me souvenir de la voix. »

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Une technologie en plein essor

Didier Aubourg a travaillé dans la reconnaissance et la génération vocale dans les années 1980. « Quand j'écrivais, je savais que si ça n'existait pas encore, ça allait exister. Et effectivement, des entreprises proposent aujourd'hui de reconstituer la voix des disparus. Je les ai découvertes après avoir écrit le roman. »

Interrogé sur l'utilisation personnelle d'un tel service, il répond : « À l'époque, oui, je pense que je l'aurais fait. Aujourd'hui, non. Le deuil est passé. »

Une réflexion sur l'éthique et la souveraineté

Le roman pose la question : peut-on aimer une présence sans corps ? « Ce que j'ai voulu montrer, c'est la distinction entre ressentir et faire ressentir. L'IA ne ressent pas, mais elle sait faire ressentir », explique l'auteur. Il a d'ailleurs intégré un poème généré par une intelligence artificielle dans le roman, que plusieurs bêta-lecteurs ont trouvé beau sans savoir qu'il n'était pas de lui.

Didier Aubourg utilise lui-même ces outils au quotidien, mais avec lucidité : « À la place des moteurs de recherche, oui, c'est plus performant. Mais c'est dangereux aussi — par moments, l'IA invente des auteurs, invente des citations. Il faut vérifier les sources. Et surtout, ça doit rester un outil. »

Une traduction née d'une amitié de trente ans

La traduction en grec est le fruit d'une amitié de longue date avec Kostas Ntantinakis, cinéaste et ancien doctorant en cinéma à Paris. « En janvier, je lui souhaite la bonne année, et il me répond : « Je t'ai proposé de traduire Alex et tu n'as pas répondu !! » Je n'utilise pas Messenger et la proposition existait dessus depuis des mois. Je lui ai dit oui, et il a trouvé un éditeur. »

L'auteur, qui ne comprend pas le grec, a trouvé les extraits « beaux ». Le roman a également des versions en anglais et en italien, encore inédites.

Un débat de haut niveau à La Canée

Le 24 juin, un débat réunira un spécialiste mondial de l'IA, une philologue et une actrice mathématicienne. « J'étais très impressionné, confie Didier Aubourg. Pas sûr que ça corresponde à ce que j'ai voulu écrire, mais le débat risque d'être très intéressant parce que sur l'intelligence artificielle, il y a bien plus à dire que ce que mon roman raconte. »

L'auteur souhaite porter deux messages : « La première, c'est l'éthique. Il faut fixer des limites à l'IA. La deuxième, c'est la souveraineté. Aujourd'hui, si une usine européenne est pilotée par une IA hébergée sur un cloud américain et que le gouvernement américain décide de couper l'accès, c'est une catastrophe. L'Europe a créé Airbus, Ariane, le Concorde. Pourquoi ne serait-elle pas capable de construire une intelligence artificielle européenne ? »

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