Sénégal : divorce politique entre le président et son Premier ministre Ousmane Sonko
Sénégal : divorce politique entre Faye et Sonko

Le divorce est acté entre le chef de l’État sénégalais et Ousmane Sonko, plongeant le pays dans une période d’incertitude politique majeure. Leurs divergences s’affichaient sur la scène publique depuis des mois : le divorce entre le président sénégalais et son charismatique mais encombrant Premier ministre Ousmane Sonko s’est acté vendredi avec le renvoi du gouvernement, plongeant le Sénégal dans l’incertitude politique. Dans une déclaration lue à la télévision nationale vendredi soir par le secrétaire général de la présidence, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé avoir « mis fin aux fonctions de monsieur Ousmane Sonko » et de son gouvernement, après des mois de tensions entre les deux anciens compagnons de route. « La fracture », « Diomaye prend le pouvoir », « Adieu au duo », « Gueguerre » : les titres de la presse se faisaient écho samedi matin du séisme politique dans le pays.

Alors que Ousmane Sonko demeure le leader incontestable de leur parti, le Pastef, largement majoritaire à l’Assemblée, se pose la question de la capacité du président à gouverner et à faire passer des réformes dans un pays qui fait face à de graves difficultés économiques. Farouche opposant au président Macky Sall (2012-2024), Ousmane Sonko avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 après une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques. Ousmane Sonko avait alors désigné son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer dans la course.

Une accumulation de désaccords politiques

Les tensions avaient commencé à émerger en juillet 2025 lorsque le Premier ministre s’en était vivement pris au président Bassirou Diomaye Faye, fustigeant un « problème d’autorité » dans le pays. Depuis, les signes de dissensions se sont multipliés. Début mai, le président avait critiqué la « personnalisation excessive » de son Premier ministre au sein du parti au pouvoir. « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance », avait-il déclaré dans une interview télévisée. Vendredi matin, quelques heures avant son limogeage, Ousmane Sonko avait critiqué Bassirou Diomaye Faye lors d’une intervention à l’Assemblée nationale, à propos du contrôle et de la transparence des fonds politiques, des sommes d’argent dont l’utilisation se fait à la discrétion du président. Par ailleurs, Ousmane Sonko critiquait régulièrement la lenteur des poursuites contre d’anciens responsables sous l’ex-président Macky Sall, qu’il accuse de corruption.

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Vendredi soir, des centaines de militants ont convergé vers le domicile de Ousmane Sonko à Dakar pour l’acclamer, démontrant l’incontestable assise populaire du leader du Pastef. « On peut imaginer que ça va être compliqué de cohabiter avec cette majorité du parti Pastef à l’Assemblée », analyse Babacar Ndiaye, directeur de recherche pour le groupe de réflexion Wathi. Le président doit désormais nommer un Premier ministre, qui devra être approuvé par les députés au plus tard trois mois après sa nomination. « Si les députés décident d’apporter une motion de censure ou de défiance, ils en sont capables », rappelle Babacar Ndiaye. Le chef de l’État ne pourra pas dissoudre l’Assemblée nationale avant le mois de novembre, soit deux ans après l’élection de cette législature. « Ce qui sera intéressant de voir, dans tout ce magma, toutes ces personnes qui composent le Pastef, finalement, qui est loyal à qui ? », s’interroge l’analyste.

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Perspectives électorales et enjeux économiques

Les deux anciens alliés seront-ils désormais rivaux politiques ? Il y a quelques semaines, le parlement a ouvert la voie à une candidature de Ousmane Sonko à la prochaine présidentielle en 2029, en adoptant une réforme du code électoral. Néanmoins, Ousmane Sonko a été élu député aux législatives de novembre 2024 avant de renoncer à son mandat pour rester Premier ministre, ce qui, pour son parti, signifie qu’il est éligible. Bassirou Diomaye Faye qui, à la différence du leader du Pastef, ne bénéficie pas d’un engouement populaire, rassemble toutefois des soutiens politiques depuis plusieurs mois à la faveur du mouvement « Diomaye Président », laissant présager une éventuelle candidature pour 2029. « Je crois que c’est quand même une déception, parce qu’ils ont vendu aux Sénégalais le slogan « Sonko c’est Diomaye » », rappelle Babacar Ndiaye, alors que le pays fait face à une situation économique préoccupante. « Ce n’est pas une bonne chose. Le pays a besoin d’emplois, pas de politique », a réagi Modou Diaw, conducteur de moto taxi à Dakar. À leur arrivée au pouvoir en 2024, les nouvelles autorités ont accusé le pouvoir de l’ex-président Macky Sall d’avoir caché une partie de la dette, entraînant la suspension d’un programme d’aide du Fonds monétaire international (FMI) de 1,8 milliard de dollars. Sur la question de la dette qui atteint désormais 132 % du PIB, les deux hommes optaient pour des approches différentes : le président souhaitant discuter avec le FMI d’un nouveau programme d’aide, et le Premier ministre vantant une approche souverainiste.