Populistes : révolutionnaires ou conservateurs ? L'analyse de Giovanni Orsina
Populistes : révolutionnaires ou conservateurs ?

Et si Donald Trump, Giorgia Meloni ou Viktor Orbán étaient en réalité des contre-révolutionnaires, tandis que Pedro Sánchez, Emmanuel Macron ou Raphaël Glucksmann incarneraient un conservatisme moderne ? C'est la thèse audacieuse de l'historien italien Giovanni Orsina, professeur d'histoire contemporaine à l'université Luiss de Rome. Dans son essai Controrivoluzione. Una storia politica del nostro tempo, il explore comment les excès du libéralisme auraient semé les germes du populisme, qu'il définit comme un mouvement « contre-révolutionnaire ».

Le libéralisme à l'origine du populisme

Selon Orsina, le populisme n'est pas une simple réaction passagère, mais une réponse aux transformations radicales imposées par le libéralisme depuis les années 1970. La mondialisation, l'individualisme et la fragmentation sociale ont créé un terreau fertile pour des leaders qui promettent de restaurer un ordre ancien. « Le libéralisme a détruit les structures traditionnelles sans offrir de substitut stable, ouvrant la voie à des forces contre-révolutionnaires », explique l'historien.

Des victoires électorales, mais une transformation limitée

Giovanni Orsina reconnaît que ces mouvements contre-révolutionnaires remportent des succès électoraux significatifs. Il cite l'exemple de Marine Le Pen en France, qui pourrait l'emporter en 2027. Cependant, il estime que leur capacité à transformer profondément la société reste faible. « Les populistes gagnent des élections, mais ils peinent à mettre en œuvre des changements durables en raison des contraintes institutionnelles et de la complexité des sociétés modernes », ajoute-t-il.

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Une relecture des clivages politiques

L'essai d'Orsina propose ainsi une inversion des perspectives habituelles. Les populistes, souvent qualifiés de révolutionnaires, seraient en réalité des conservateurs cherchant à restaurer un passé idéalisé. À l'inverse, les libéraux modérés, perçus comme conservateurs, seraient les véritables agents du changement, mais un changement qui a généré des ruptures sociales. Cette analyse invite à repenser les catégories politiques traditionnelles.

Les limites de la contre-révolution

Malgré leur dynamique électorale, Orsina identifie plusieurs obstacles à la réussite des contre-révolutionnaires : la fragmentation des partis populistes, la résistance des élites et la difficulté à gouverner dans un cadre démocratique. Il conclut que « le populisme est un symptôme, pas une solution » et que son impact à long terme dépendra de sa capacité à s'institutionnaliser sans perdre son caractère contestataire.

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