Dans le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem, le 24 avril 2026, Laurence Geai pour « Le Nouvel Obs » nous plonge dans un univers à part. Existence recluse, plus de six enfants par femme, exemption de service militaire, poids politique croissant, pas de smartphone ni de télévision… Les ultraorthodoxes sont des citoyens pas comme les autres en Israël, et ils pourraient représenter un quart de la population du pays d’ici à 2050.
Un monde à part à Mea Shearim
« Shikse ! » lance un enfant haut comme trois pommes, kippa vissée sur la tête, dans une rue bondée d’hommes en noir. « Shikse » signifie « non-juive » en yiddish. « Merci de respecter le caractère sacré de notre quartier », avertit un écriteau à l’entrée. Une tenue « décente et modeste » est exigée des jeunes filles et des femmes souhaitant poursuivre leur chemin : chemisier fermé, manches longues, pas de pantalon. De quoi rappeler au visiteur qu’il vient de pénétrer dans un autre monde.
Mea Shearim (« cent portes » en hébreu, un nom tiré de la Torah) est le quartier ultraorthodoxe de Jérusalem, situé au nord-ouest de la Vieille Ville, où il a été construit en 1874. Ici vivent les haredim (« les craignant-Dieu »), une communauté qui suit une interprétation stricte du judaïsme.
Un mode de vie recluse et traditionnel
Les ultraorthodoxes mènent une existence recluse, centrée sur l'étude de la Torah et les pratiques religieuses. Ils refusent la modernité : pas de smartphone, pas de télévision, et une séparation stricte entre hommes et femmes. Les familles sont très nombreuses, avec en moyenne plus de six enfants par femme, ce qui explique leur croissance démographique rapide.
Exemption du service militaire
L'un des sujets les plus controversés est l'exemption de service militaire dont bénéficient les ultraorthodoxes. Ils considèrent que l'étude de la Torah est leur contribution à la défense d'Israël. Cette exemption suscite des tensions avec le reste de la société israélienne, qui doit effectuer un service militaire obligatoire.
Un poids politique croissant
Les haredim ont un poids politique croissant en Israël. Leur taux de natalité élevé et leur discipline de vote en font un électorat clé. Ils pourraient représenter un quart de la population d'ici 2050, ce qui renforcerait leur influence sur la vie politique et sociale du pays.
Cette communauté, qui refuse l'État laïc, revendique le droit de vivre selon ses propres lois religieuses. « L'État veut nous rendre laïcs ! » s'indignent certains. Leur mode de vie et leurs revendications posent des questions fondamentales sur l'identité d'Israël, entre État juif et démocratie moderne.



