Le transfert des orques de Marineland vers l'Espagne se précise
Après des années d'atermoiements, le gouvernement français a donné son feu vert au départ des deux orques du Marineland d'Antibes (Alpes-Maritimes) vers un parc zoologique marin espagnol, sur l'île de Tenerife. Ce transfert, vivement critiqué par les ONG de défense des animaux, pourrait avoir lieu d'ici la fin juin pour éviter les fortes chaleurs estivales.
Une opération logistique hors norme
Déplacer Wikie et Keijo, qui pèsent chacune près de trois tonnes, n'est pas une mince affaire. Leur bassin étant en état de délabrement depuis la fermeture de Marineland en janvier 2025, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a souligné que ne rien faire condamnerait les deux orques à une mort certaine. Le gouvernement a donc créé toutes les conditions pour leur transfert possible et souhaitable en Espagne.
Pascal Ferracci, le PDG de Marineland, a indiqué que les équipes travaillent avec le parc espagnol Loro Parque pour définir les dernières modalités internes. C'est une question de semaines, a-t-il déclaré.
Un coût de plusieurs centaines de milliers d'euros
Le transfert des orques devrait coûter plusieurs centaines de milliers d'euros, répartis entre les deux parcs. Il se fera par avion-cargo. Selon un porte-parole de Marineland, c'est le transfert du siècle. Les orques seront d'abord installées dans une sorte de brancard, puis extraites de leur bassin au moyen d'une grue et transférées par camion vers l'aéroport de Nice avant d'effectuer un vol d'environ 4h30 jusqu'à Tenerife.
La préparation minutieuse des animaux
Romain Bonnard, codirigeant de la société de transport sécurisé d'animaux sauvages Siane, explique que l'opération n'est pas si compliquée. Il organise chaque année un millier de transferts entre parcs zoologiques. Il y aura d'abord une phase d'entraînement des animaux, qui doivent apprendre à se poser sur un hamac, détaille-t-il. Ce hamac, conçu comme un matelas éponge, amortira les trois tonnes de l'animal.
Les orques devront être régulièrement aspergées d'eau pendant le transfert pour maintenir une atmosphère humide. Il est possible qu'on les enduise d'une pommade pour favoriser leur hydratation. Une fois dans leur caisse de transport en inox, les mammifères seront transférés dans un camion, puis dans un avion-cargo. Il faudra veiller à ce que le volume d'eau ne soit pas trop important pour éviter des inondations en cas de turbulences.
Des consignes strictes pour le vol
Les pilotes devront effectuer le décollage plus en douceur et plus lentement que pour un vol classique. Du personnel sera chargé de s'occuper des animaux tout au long du trajet. Delphine Leroux, directrice adjointe du département animalier du parc zoologique de Beauval, a une longue expérience des transports d'animaux. Elle rappelle que chaque transport a ses spécificités : pour un lamantin de plus de 500 kg, ses équipes avaient fait construire une bâche adaptée, et l'animal avait été installé dans une caisse étanche, non blessante et chauffée à 25 °C.
Des précédents marquants
Les transferts d'animaux sauvages sont souvent complexes. Les camions sont équipés de caméras, accompagnés d'un soigneur et d'un vétérinaire, et parfois placés sous protection de la gendarmerie pour anticiper les obstacles. Lors d'un transfert de gorilles de Paris jusqu'au Gabon, Delphine Leroux avait dû insister pour que la température en soute soit maintenue entre 15 et 18 °C. Le transport d'éléphants est considéré comme le b.a.-ba du métier par la société Siane, mais un transfert de fourmilière depuis Nantes jusqu'à Genève a nécessité un tapis anti-vibrations pour éviter l'effondrement de la colonie.



