Dans les Landes, la côte sauvage a été le théâtre de nombreux naufrages durant des siècles. Sur la plage de Lespecier, à Mimizan, l'épave du pétrolier grec Apollonian Wave réapparaît encore, certains jours, à marée basse. Quarante-quatre ans après le naufrage, cette épave de 9 800 tonnes reste un trésor local, connu des seuls initiés.
Un naufrage mémorable
Fernand Broustey, Mimizannais de 89 ans, est l'un de ces initiés. Juché sur la dune dominant la plage de Lespecier, il indique un point sombre à une centaine de mètres, qui dépasse des vagues. L'Apollonian Wave a été torpillé le 22 octobre 1980 pour être démantelé, mais l'essentiel de l'épave fut découpé au chalumeau dès août 1980, moins de quatre ans après la tempête du 2 décembre 1976. Il ne reste aujourd'hui qu'une partie de chaudière rouillée, mais la mémoire du naufrage reste intacte.
Trois navires échoués
Cette nuit-là, Fernand Broustey se souvient d'une tempête violente. Dans les Landes, des rafales mesurées à près de 180 km/h déracinèrent une partie de la forêt. En mer, des creux de 14 mètres furent signalés. Trois navires s'échouèrent : le Ruben à Seignosse, ainsi que l'Apollonian Wave et le Virgo à Mimizan. Dès le lendemain, les habitants affluèrent sur la plage pour admirer ces navires plantés dans le sable. Les équipages furent sauvés, aucun décès à déplorer. Certains tentèrent même de voler la cargaison du Virgo, avant que les autorités ne sécurisent la zone.
Un golfe dangereux
Depuis 1976, la côte landaise n'a plus connu d'aussi important naufrage. La côte atlantique continue d'accueillir quelques vaisseaux égarés, comme le Luno échoué à Anglet en 2014, mais leur nombre diminue grâce aux progrès technologiques. Selon Jean-Jacques Taillentou, historien local, le golfe de Gascogne était redouté des marins durant des siècles à cause de ses courants difficiles. Le littoral landais était sauvage et inhabité jusqu'au XXe siècle, à l'exception de Capbreton. Le phare de Contis ne fut construit qu'en 1863.
La mémoire des naufrages
La fréquence des naufrages s'est installée dans la culture locale. Le naufrage du Cazengo, cargo portugais torpillé au large de Mimizan en 1918, est resté dans les mémoires. Sa cargaison de porto, madère et malaga aurait été pillée par les Mimizannais. Fernand Broustey affirme avoir bu du Cazengo chez un voisin qui en conservait depuis des décennies. Jean-Jacques Taillentou précise que les Landais n'étaient pas des naufrageurs, mais des "costoyeurs" surveillant la côte pour récupérer ce que l'océan rejetait.
Chronologie des naufrages dans les Landes
- 1627 : Plus gros naufrage de la marine portugaise, sept navires au large de Capbreton, 2 000 morts.
- 1887 : Naufrage du Renown à Contis, premier à être photographié. L'épave de la proue réapparue en 2011.
- 1918 : Torpillage du Cazengo, cargaison d'alcools récupérée par les autochtones.
- 1976 : Tempête du 2 décembre, échouage du Ruben, Virgo et Apollonian Wave, derniers grands naufrages landais.
De nos jours, certains habitants "costoient" toujours, guettant si l'Atlantique ne rejettera pas l'un de ces vaisseaux fantômes qui hantent encore les mémoires.



