L'archéologue biterrois Max Guérout a entamé hier une quatrième campagne de fouilles sur l'île Tromelin, dans l'océan Indien, surnommée l'île aux esclaves. Cette île de 1,5 km de long et 700 mètres de large, culminant à 8 mètres d'altitude, doit son nom à la tragédie survenue en 1761, lorsque des esclaves malgaches y furent abandonnés après le naufrage de l'Utile.
Une histoire tragique
Le 17 novembre 1760, l'Utile, navire négrier de la Compagnie française des Indes orientales, quitte Bayonne avec des esclaves malgaches achetés frauduleusement. Le 31 juillet 1761, il s'échoue sur le récif corallien de l'île de Sable. L'équipage regagne Madagascar sur une embarcation de fortune, abandonnant quatre-vingts esclaves avec trois mois de vivres et la promesse de revenir. Promesse non tenue : ce n'est qu'en 1776 que l'enseigne de vaisseau de Tromelin, commandant La Dauphine, sauve les survivants : sept femmes et un bébé de huit mois.
Les missions précédentes
Sous l'égide du Groupe de recherche en archéologie navale (Gran), Max Guérout a dirigé trois missions en 2006, 2008 et 2010. Elles ont permis d'étudier l'épave de l'Utile et de mettre en évidence l'ampleur des habitats construits par les naufragés, leur organisation et leur faculté d'adaptation. Ces résultats ont été publiés dans l'ouvrage Tromelin, l'île aux esclaves oubliés (CNRS Éditions, 2010).
Objectifs de la quatrième mission
Arrivé depuis La Réunion, Max Guérout détaille les objectifs de cette mission de six semaines : poursuivre l'étude des conditions de survie matérielles, psychologiques et sociales des naufragés, mettre à jour les habitats érigés par les esclaves, rechercher leurs sépultures et étudier les restes alimentaires pour déterminer les ressources disponibles. L'équipe comprend neuf archéologues, trois agents des Terres australes et antarctiques françaises, deux botanistes et une réalisatrice. Elle a posé pied sur l'atoll hier, multipliant brutalement par cinq la population de l'île, selon le journal de bord de Guérout.
Le travail a commencé immédiatement. « Cela fait un an que l'on prépare cette mission. Le plus dur est fait », conclut le Biterrois, impatient de percer de nouveaux mystères de l'île aux esclaves.



