Mali : le camp stratégique de Tessalit tombe aux mains des groupes armés
Mali : le camp de Tessalit tombe aux mains des groupes armés

Le camp stratégique de Tessalit, situé dans le nord du Mali, est désormais sous le contrôle des groupes armés, après une série d'attaques menées le week-end dernier contre la junte au pouvoir, ont indiqué vendredi des sources locale, sécuritaire et indépendantiste. Le Mali traverse une crise sécuritaire majeure, marquée par des offensives sans précédent des jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et de la rébellion du Front de libération de l'Azawad (FLA) contre des positions stratégiques de la junte.

Affaiblie, cette dernière a accusé vendredi des militaires et des hommes politiques d'avoir participé à cette offensive et annoncé avoir procédé à des arrestations. Sur le terrain, l'armée malienne et ses alliés russes « ont abandonné leurs positions de Tessalit ce vendredi matin », a indiqué un élu local. Une source sécuritaire a précisé que ces forces avaient déjà « évacué » le camp avant l'arrivée des groupes armés. « Aucun combat n'a eu lieu », a-t-elle affirmé. Selon un responsable du groupe rebelle, ils ont fait « reddition » à Tessalit, près de la frontière avec l'Algérie.

Une position géographique stratégique

Tessalit représente un camp d'une importance capitale en raison de sa position géographique, ainsi que de sa grande piste d'atterrissage en bon état, capable d'accueillir des hélicoptères et d'autres gros avions militaires. Le camp hébergeait un nombre significatif de militaires maliens et de leurs alliés russes, ainsi que du matériel militaire. « Tessalit est la plus ancienne base construite par le colonisateur (français). C'est la base la plus avancée, qui permet d'avoir une vue d'ensemble sur tout le Sahara », a expliqué un officier.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Sa prise intervient quelques jours après le contrôle de la ville clé de Kidal par les groupes armés, qui continuent de progresser dans le nord. Selon des sources locale et indépendantiste, les groupes armés ont également pris possession du camp d'Aguelhok, situé à 100 km de Kidal.

Des attaques meurtrières et des arrestations

Les attaques coordonnées du week-end dernier ont fait au moins 23 morts, selon une source hospitalière. Une enquête ouverte par le parquet militaire de Bamako a établi la « complicité de certains militaires » et « leur participation à la planification, à la coordination et à l'exécution des attaques ». Un communiqué publié vendredi met également en cause l'opposant en exil Oumar Mariko, ancien député et ancien candidat à la présidence, et précise que de premières interpellations ont été menées.

Selon l'Unicef, des enfants figurent parmi les victimes civiles des attaques, sans que le nombre ne soit précisé. Un centre de santé à Gao a été attaqué, une école de la région de Mopti a été occupée par des « porteurs d'armes » et un engin explosif a été découvert à proximité, rapporte l'agence onusienne.

Incertitudes sur la stabilité du pouvoir

Jeudi, les jihadistes du JNIM ont appelé à un large « front commun » pour « mettre fin à la junte » au pouvoir depuis 2020 au Mali, en vue d'« une transition pacifique et inclusive ». Parallèlement, ils ont instauré un blocus routier sur Bamako, bloquant plusieurs axes menant vers la capitale. Le même jour, un hommage national a été rendu au ministre de la Défense, Sadio Camara, tué à Kati, fief de la junte. La mort de ce général de 47 ans, considéré comme l'architecte du rapprochement avec la Russie, est un coup dur pour le pouvoir militaire.

Son décès, ainsi que les attaques d'ampleur et la perte de Kidal, jettent le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés. Cela met également à mal sa rhétorique, qui affirmait jusqu'ici que sa stratégie de rupture, ses nouveaux partenariats avec l'étranger et son effort militaire accru avaient permis d'inverser la tendance face aux combattants islamistes. Moscou a assuré jeudi que ses forces se maintiendraient au Mali, rejetant ainsi l'appel des rebelles à un retrait russe du pays.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale