Vingt-cinq ans après la loi Taubira : un bilan historique mitigé
Le 20 mai 2026 marque le vingt-cinquième anniversaire de la loi Taubira, qui a reconnu la traite négrière et l'esclavage comme crimes contre l'humanité. Pourtant, selon l'historien sénégalais Ibrahima Thioub, le passé esclavagiste reste insuffisamment intégré dans les récits nationaux des pays concernés.
Une loi pionnière mais incomplète
Adoptée le 21 mai 2001, la loi Taubira a été une avancée majeure dans la reconnaissance officielle de l'esclavage et de la traite négrière. Elle a permis l'établissement de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage et la création du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage. Cependant, Ibrahima Thioub souligne que cette reconnaissance législative ne s'est pas traduite par une intégration profonde dans les récits historiques nationaux.
L'historien, professeur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime que la mémoire de l'esclavage reste souvent marginalisée dans les programmes scolaires et les discours publics. Il appelle à une démarche plus inclusive qui prendrait en compte les perspectives africaines et caribéennes.
Un appel à la révision des récits nationaux
Thioub insiste sur la nécessité de dépasser une vision unilatérale de l'histoire de l'esclavage. Selon lui, les récits nationaux en Afrique, en Europe et dans les Amériques doivent intégrer la complexité de cette histoire, y compris les résistances et les héritages culturels. Il propose des pistes concrètes, telles que la révision des manuels scolaires et la création d'espaces de dialogue entre les communautés.
L'historien déplore également le manque de recherche sur les conséquences économiques et sociales à long terme de l'esclavage, un sujet qui reste tabou dans de nombreux pays. Il appelle les gouvernements à soutenir des programmes de recherche et des initiatives mémorielles.
Une reconnaissance insuffisante
Pour Ibrahima Thioub, la loi Taubira a été une étape importante, mais elle n'a pas suffi à changer les mentalités. Il souligne que la mémoire de l'esclavage est souvent instrumentalisée à des fins politiques, sans réelle volonté de réconciliation. Il cite l'exemple du Sénégal, où le passé esclavagiste est parfois occulté au profit d'un discours nationaliste.
L'historien appelle à une approche transnationale de la mémoire, impliquant les pays africains, européens et américains. Il estime que seule une reconnaissance mutuelle peut permettre de guérir les blessures du passé.
En conclusion, Ibrahima Thioub exhorte les sociétés à intégrer pleinement le passé esclavagiste dans leurs récits nationaux, non comme un chapitre honteux, mais comme une partie constitutive de leur histoire. Il rappelle que la loi Taubira n'est qu'un début, et que le travail de mémoire doit se poursuivre.



