Le navire de croisière MV Hondius, devenu un foyer d'hantavirus, est attendu ce week-end à Tenerife, en Espagne. Alors que les passagers et membres d'équipage sont confinés à bord, l'Argentine retrace l'itinéraire du patient zéro de cette infection rare, sans traitement ni vaccin. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) dénombre pour l'heure huit cas, dont trois confirmés (un décès et deux malades). Au total, trois personnes sont décédées et cinq sont malades. Voici ce que l'on sait sur ce foyer d'infection à hantavirus survenu sur le bateau du croisiériste néerlandais Oceanwide Expeditions, qui a quitté le 1er avril Ushuaïa, en Argentine, pour relier l'archipel du Cap-Vert.
Qui sont les victimes ?
C'est un passager néerlandais de 70 ans qui a le premier présenté des symptômes (fièvre, maux de tête et légère diarrhée), le 6 avril. Ce patient zéro est décédé le 11 avril à bord du navire. Le 24 avril, son corps a été débarqué à Sainte-Hélène (Royaume-Uni), avec son épouse, une Néerlandaise de 69 ans. Cette dernière, après avoir à son tour présenté des symptômes, est partie le 25 avril par avion à Johannesburg, en Afrique du Sud, où elle a brièvement embarqué sur un vol vers les Pays-Bas avant d'être éconduite en raison de son état de santé. Elle est décédée le lendemain et son infection à l'hantavirus a été confirmée le 4 mai.
Ruhi Çenet, un vidéaste turc passager du bateau qui a pris le même avion que cette patiente vers l'Afrique du Sud, a déclaré que pendant le vol celle-ci « était sur un fauteuil roulant […], la tête baissée. C'était surprenant car elle n'avait eu aucun problème jusqu'ici. Visiblement, la maladie commençait à l'affecter ». Selon l'opérateur, un total de 30 passagers - dont le corps du patient zéro - ont quitté la croisière à Saint-Hélène. Le 2 mai, une ressortissante allemande est décédée à bord, après de premiers symptômes signalés le 28 avril.
Qui sont les malades et les personnes évacuées ?
L'infection à hantavirus a été confirmée la première fois, au cours de cette expédition, chez un passager britannique de 69 ans. Il avait consulté le médecin de bord le 24 avril, avant d'être débarqué le 27 avril sur l'Île de l'Ascension (Royaume-Uni) puis transféré à Johannesburg. Il a été testé positif le 2 mai, selon l'OMS. Hospitalisé à Zurich, un passager suisse, ayant quitté le navire à Sainte-Hélène, a également été testé positif au hantavirus le 5 mai. Trois autres cas suspects ont été débarqués mercredi du MV Hondius au Cap-Vert - deux membres d'équipage britannique et néerlandais, malades, et une personne cas contact, asymptomatique - puis embarquées à bord de vols médicalisés depuis Praia. « Plus personne n'a de symptômes à bord » jeudi, selon le croisiériste.
Quelle transmission interhumaine ?
Le hantavirus « des Andes », transmissible entre humains, a été détecté sur deux des personnes testées : le passager britannique transféré en Afrique du Sud et le patient de Zurich. C'est la seule souche pour laquelle une transmission interhumaine est documentée. Les hantavirus se transmettent à l'être humain par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés qui excrètent le virus par la salive, l'urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections ainsi que l'inhalation de poussière contaminée peuvent conduire à une infection, qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu. Selon le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, mercredi, « à ce stade, le risque global pour la santé publique demeure faible ». L'Argentine a annoncé mercredi retracer l'itinéraire du patient zéro et de son épouse, ainsi que l'envoi à Ushuaïa d'experts pour capturer d'éventuels rongeurs porteurs du virus.
Et les cas contacts ?
Des efforts sont en cours pour rechercher d'éventuels cas contacts avec les personnes infectées. En particulier, hors du navire, les voyageurs à bord du vol entre Sainte-Hélène et Johannesburg emprunté par la Néerlandaise décédée. Ce vol opéré par la compagnie sud-africaine Airlink le 25 avril comptait 82 passagers et six membres d'équipage à bord, selon une représentante de la compagnie. D'autres personnes sont recherchées, dont celles qui se trouvaient à l'aéroport de Johannesburg ainsi que le personnel de santé de l'hôpital où elle a été traitée et notamment les personnes qui ont été en contact avec le Britannique de 69 ans hospitalisé à Johannesburg. Une hôtesse de l'air de la compagnie aérienne KLM, qui a été en contact avec la passagère néerlandaise décédée, est en cours de dépistage après avoir présenté de légers symptômes. Deux résidents de Singapour qui se trouvaient à bord du navire ont été placés à l'isolement dans leur pays dans l'attente des résultats des tests. À Sainte-Hélène, les autorités sanitaires locales surveillent un petit nombre de personnes ayant eu des contacts « étroits et prolongés » avec les passagers malades du navire.
Qui est à bord ?
Il y a 149 personnes à bord jeudi, selon l'opérateur. Selon Ruhi Çenet, la plupart des passagers étaient des ornithologues amateurs de plus de 60 ans. Le bateau compte de nombreux Britanniques, Américains et Espagnols. Il y a également, entre autres, cinq Français, qui ne présentent pas de symptômes. Au sein de l'équipage, les Philippins sont les plus nombreux, selon l'opérateur. Après son départ d'Ushuaïa, le navire s'est rendu dans les îles Géorgie du Sud et Sandwich du Sud (5-7 avril), puis dans les îles Tristan da Cunha, Inaccessible et Nightingale (13-16 avril), selon les données de suivi maritime de MarineTraffic. Il a fait le tour de l'île Gough le 17 avril, avant de rejoindre l'île Sainte-Hélène (22-24 avril).



