Feria de San Agustín : un retour aux sources de la corrida
Feria de San Agustín : un retour aux sources de la corrida

San Agustín de Guadalix, au nord de Madrid, voue un culte au toro. François Zumbiehl raconte son après-midi de feria dans ce temple du torisme espagnol. À San Agustín de Guadalix, ce samedi 25 avril 2026, l’association 3 Puyazos, gérante absolue de sa feria, sur le modèle de Céret, nous a offert une passionnante après-midi avec des toros d’un autre temps : trois « savonneux » de Prieto de la Cal, quasi pure origine Veragua et Vazquez, et trois Navarrais de Miguel Reta, agiles comme des chats, mais portant haut leurs cornes, aussi fines que des poignards. Pour ces deux élevages, la bravoure propice au toreo d’aujourd’hui s’est faite intermittente. Foin des naturelles et droitières, que, d’ailleurs, aucun aficionado, qui remplissait l’arène en connaissance de cause, n’était venu chercher ici. Lorsque l’engagement des toreros parvenait à arracher, à distance respectable, une passe à mi-hauteur de ces bêtes, le plus souvent près des barrières où elles se réfugiaient, une clameur venait la célébrer, aussi intense que pour un geste magique de Morante, ailleurs. Des cris d’encouragement des gradins répondirent aux appels gutturaux et entrecoupés de Francisco Montero aux prises avec le dernier Reta, la pâleur de son visage signifiant qu’il se savait tout autant aux prises avec la mort. Mais le spectacle attendu était dans le premier tiers, celui des piques. Quel bonheur de voir s’élancer à l’appel du picador, depuis les planches, de l’autre côté de l’arène, les Prietos et les Retas, et pousser sous le fer jusqu’à culbuter la cavalerie - ce fut le cas du deuxième Reta -, honorant l’obligation des trois assauts au cheval, marque de la maison ! Certains se dérobèrent assez vite, et tous se montrèrent plus ou moins réticents avec la muleta. Peu importe. Ils montrèrent à ceux qui en doutaient que la caste - l’âpreté au combat - peut parfaitement aller de pair avec ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la mansedumbre, la réticence aux invites du torero.

Les merveilles de Bonijol

Si les picadors occupèrent la vedette de l’après-midi, avec les toros, il faut aussi en rendre grâce à la cavalerie Bonijol, à ces montures d’un poids mesuré, d’une haute maniabilité, se prêtant à merveille à toutes les manœuvres exigées par la phase des piques. Alain Bonijol, son équipe et ses chevaux ont fortement contribué au succès de cette après-midi qui nous a restitué les émotions rafraîchissantes, et riches en leçons pour aujourd’hui, d’une corrida du XIXe siècle. Honneur aux trois vaillants qui n’ont jamais plié devant l’adversité : les toreros Sanchez-Vara, Joselillo, Francisco Montero et leurs cuadrillas. Même tableau au matin suivant, dans le duel des toros de Escolar et Dolorès Aguirre, à la bravoure plus en consonance avec les temps actuels, face à Damián Castaño, Juan de Castilla et l’enfant de Martigues, Maxime Solera, au courage digne d’éloge, mais au bagage un peu léger pour affronter de tels adversaires. La prestation de Damián Castaño face à un Escolar de grand style fut le clou de la matinée, et comporta même des instants artistiques. En revanche, la bronca ne pardonna pas à Juan de Castilla les quatre puyazos défectueux et indûment prolongés, administrés à son toro de Dolorès Aguirre. On ne badine pas ici avec les règles, quand il s’agit des piques ! La rigueur et l’authenticité des corridas de cette feria des 3 Puyazos font qu’elle a affiché complet durant les deux jours, qu’elle a rassemblé les aficionados de Madrid, de toute l’Espagne, et de notre pays (on entendait beaucoup le Français sur les gradins), venus ici comme on vient à un pèlerinage.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale