Ebola en RDC : plus de 80 morts, l'OMS déclenche l'urgence internationale
Ebola en RDC : 80 morts, urgence internationale OMS

Alors que l'attention médiatique se focalise sur le hantavirus et ses trois décès, une autre menace bien plus meurtrière refait surface en République démocratique du Congo (RDC). Dix ans après la dernière grande épidémie en Afrique, le virus Ebola connaît une résurgence inquiétante. À ce jour, plus de 80 décès sont recensés et plus de 300 cas détectés, malgré une recension difficile. Face à cette situation, l'Organisation mondiale de la santé a relevé son niveau d'alerte à « urgence internationale », une première pour Ebola.

Un niveau d'alerte rarement déclenché

« C’est un niveau d’alerte rarement déclenché », explique Renaud Piarroux, professeur à Sorbonne Université et chercheur à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie. L’« urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI) est le deuxième plus haut niveau d’alerte de l’OMS depuis 2024, derrière celui de pandémie. « Il survient lors d’épidémies de grande ampleur pouvant toucher plusieurs pays, comme ici en Ouganda et en RDC », précise-t-il.

Une maladie très létale mais peu contagieuse

Le taux de létalité moyen d’Ebola est d’environ 50 %, variant de 25 % à 90 % selon les flambées récentes. Cependant, « ce n’est pas une maladie extrêmement contagieuse », rassure Renaud Piarroux. En cas de cas importé dans un pays du Nord, les autorités sanitaires sauraient prendre les mesures nécessaires, comme lors de l’épidémie de 2014 en Afrique de l’Ouest où des cas isolés aux États-Unis et en Espagne ont été contenus.

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Des défis sécuritaires et logistiques en RDC

La province d’Ituri, au nord-est de la RDC, où l’épidémie a éclaté, est en proie à des violences de groupes armés, rendant l’accès aux soins difficile. « Même si le ministère de la santé de RDC a une grande expérience, il sera confronté à une population difficile à atteindre dans des conditions de sécurité très compliquées », souligne le chercheur. La méfiance de la population envers les autorités aggrave la situation. Depuis 1976, la RDC a connu une quinzaine de flambées épidémiques, et Ebola a fait plus de 3 000 morts au total, dont près de 2 300 entre 2018 et 2020.

Aucun vaccin pour la souche actuelle

Deux vaccins (Ervebo de Merck et Zabdeno de Johnson & Johnson) ont été validés pour la souche Zaïre, réduisant fortement les risques de décès. Cependant, l’épidémie actuelle est due à la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin n’existe. « Personne ne crée un vaccin pour quelques dizaines ou centaines de cas », déplore Renaud Piarroux. La souche Soudan n’a pas non plus de vaccin validé.

Un paradoxe médiatique

Le chercheur s’étonne que le monde ait les yeux rivés sur le hantavirus – « une épidémie à forte composante médiatique » – alors qu’Ebola « peut être une épidémie très meurtrière, longue et difficile à contrôler ». « L’épidémie vient d’être annoncée alors qu’il y a déjà 80 morts », tance-t-il. Il appelle à mobiliser des fonds et à se donner les moyens de lutter contre cette épidémie, afin que la population ne revive pas le même cauchemar.

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