Davos de l'Afrique à Kigali : le capitalisme africain veut unir ses forces
Davos de l'Afrique : unir les forces du capitalisme africain

Le « Davos de l’Afrique » se tient actuellement à Kigali jusqu'à vendredi soir. Cette édition 2026 est historique, réunissant plus de 2 800 décideurs venus de 75 pays dans la capitale rwandaise. Le thème central, « Scale or fail : pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces », reflète les bouleversements géopolitiques mondiaux.

Un rendez-vous stratégique pour l'Afrique

Chefs d'État, patrons et investisseurs affichent une ambition commune : accélérer l'industrialisation du continent et faire émerger des champions africains capables de peser dans le nouvel ordre économique mondial. Alors que le monde observe le détroit d'Ormuz, l'écosystème économique et politique africain trace sa voie avec exigence et maturité.

Le choix du Rwanda n'est pas anodin. Ce pays, symbole de croissance économique et de résilience, 32 ans après un génocide ayant causé près d'un million de morts, affiche une croissance du PIB de près de 9 % par an. Kigali s'est transformée en vitrine de modernité, avec des avenues dignes de Hollywood, des quartiers d'affaires flambant neufs et des incubateurs de start-up florissants.

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Un laboratoire du changement africain

Au Kigali Convention Center, construit par le président Kagame près du golf, près de 3 000 patrons et chefs d'État unissent leurs forces. Cet événement est une réplique massive aux soubresauts mondiaux et aux tensions entre la Chine et les États-Unis.

Comme le souligne Hassanein Hiridjee, CEO d'Axian : « Les États se rendent compte qu'on ne peut plus avancer sans entreprises privées. » Tous comprennent que la recomposition mondiale est une chance pour l'Afrique, mais qu'il faut agir vite et de manière coordonnée.

« Scale or fail » : l'impératif de taille critique

Le thème de cette année, « Scale or fail », est sans équivoque : sans taille critique, l'Afrique ne peut peser dans le nouvel ordre mondial. Les grands noms sont présents, du Nigérian Aliko Dangote, homme le plus riche du continent, au Sénégalais Makhtar Diop, en passant par les présidents et Premiers ministres de plusieurs pays africains.

Tous sont déterminés à irriguer un esprit capitalistique partagé à travers le continent. Abdul Samad Rabiu, fondateur de BUA Group, a déclaré : « The moment is here, the choices are ours. » Paul Kagame a martelé : « It's time for action. »

L'urgence du changement d'échelle

Face au repli du multilatéralisme, à la réorganisation des flux de capitaux et aux tensions géopolitiques, le capitalisme africain doit s'unir. Pour capter le potentiel immense du continent, il faut créer des champions africains capables de devenir des « game changers » dans la compétition mondiale.

Patrick Dupoux, président du BCG Afrique, insiste : « L'Europe et l'Afrique ne peuvent plus être prises en étau entre la puissance industrielle chinoise et la puissance numérique américaine. »

Produire des services numériques et des infrastructures

Les opportunités sont nombreuses : agriculture, commerce intra-africain, transformation des minerais, énergie verte, et surtout services numériques. L'enjeu est de produire des logiciels et des data centers pour passer de consommateur à producteur. L'Afrique a déjà ouvert plusieurs écoles 42 avec Xavier Niel et mise sur les hubs d'intelligence artificielle.

Jean-Pascal Tricoire, président de Schneider Electric, a souligné l'urgence de créer des data centers. Tout reste à construire, et il faut aller vite.

Afrique-Europe : une alliance stratégique

Dans la nouvelle configuration géopolitique, Européens et Africains ont compris qu'ils doivent avancer ensemble. Comme l'explique Patrick Dupoux, l'Afrique et l'Europe ne peuvent plus rester dépendantes des grandes puissances. La concomitance entre les sommets de Nairobi et de Kigali crée un moment unique.

L'Europe cherche à diversifier ses chaînes d'approvisionnement depuis le Covid et la guerre en Ukraine, tandis que l'Afrique doit sortir du rôle d'exportatrice de matières premières. À Kigali, les échanges ont montré que l'Europe est devenue un partenaire de croissance de premier plan. Les Européens étaient massivement présents, conscients que s'allier à l'Afrique, c'est s'adosser à un marché de 1,4 milliard d'habitants aujourd'hui et 2,5 milliards en 2050.

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