Un chercheur montpelliérain teste une méthode inédite pour éradiquer le moustique tigre
Jérémy Bouyer, entomologiste et chercheur au Cirad, est l'un des spécialistes mondiaux de la lutte contre le moustique tigre. Originaire de Montpellier, il revient régulièrement dans la région pour discuter des avancées d'une expérimentation prometteuse : la technique de l'insecte stérile (TIS). Cette approche vise à réduire, voire un jour éradiquer, cet envahisseur qui s'est imposé dans le quotidien des habitants de Montpellier, de l'Occitanie et de toute la France depuis son arrivée au début des années 2000.
Une technologie de rupture contre un ennemi redoutable
Le moustique tigre, discret, résistant et parfaitement adapté aux environnements urbains, est devenu l'ennemi numéro un des soirées d'été. Face à cette invasion, les équipes du Cirad développent une approche radicalement différente des méthodes classiques, comme les pulvérisations massives d'insecticides. Le principe de la TIS consiste à produire en masse des moustiques mâles, les stériliser, puis les relâcher dans la nature. Lorsqu'ils s'accouplent avec des femelles sauvages, les œufs n'éclosent pas, agissant directement sur la reproduction.
Cette méthode, déjà testée dans plusieurs dizaines de pays, présente un avantage majeur : elle est ciblée et n'impacte pas les autres espèces. Une version renforcée de la technique est également en développement, où les moustiques mâles stériles transportent une infime quantité de larvicide, qu'ils disséminent eux-mêmes dans les gîtes larvaires difficiles d'accès, amplifiant ainsi l'efficacité sans multiplier les traitements.
Des résultats spectaculaires et des défis financiers
Les essais menés ces dernières années, notamment à La Réunion, montrent des résultats spectaculaires avec jusqu'à 90 % de réduction des populations de moustiques en quelques mois sur des zones test. Cependant, le déploiement à grande échelle se heurte à des obstacles financiers. Montpellier joue un rôle central dans la coordination des recherches, en lien avec d'autres institutions scientifiques comme l'IRD, et pourrait devenir un terrain d'expérimentation majeur dans les années à venir.
Jérémy Bouyer souligne que la technique est prête à être déployée, mais que son financement et son acceptabilité restent à organiser. La lutte contre le moustique tigre est actuellement partagée entre plusieurs acteurs, avec une responsabilité fragmentée entre collectivités et État. Le coût, estimé à environ 1 000 euros par hectare et par an, voire plus selon les techniques, constitue un frein majeur. Pour le chercheur, l'enjeu est de faire baisser ces coûts pour permettre aux collectivités de s'approprier la méthode, sans quoi les expérimentations resteront limitées.
Vers l'éradication avec des solutions ambitieuses
À plus long terme, les chercheurs envisagent des solutions encore plus ambitieuses, comme l'utilisation d'un virus spécifique des moustiques, capable de se diffuser dans l'environnement sans danger pour les autres espèces. Jérémy Bouyer affirme qu'en combinant plusieurs approches, l'éradication est possible, marquant un changement de paradigme : ne plus seulement contenir, mais reprendre le contrôle.
Cette piste virale repose sur l'utilisation de moustiques mâles comme vecteurs pour disséminer un virus ciblant uniquement les larves, y compris dans des zones difficiles d'accès. Bien que scientifiquement prometteuse, cette méthode doit surmonter des défis d'acceptabilité, surtout après la pandémie de Covid-19, nécessitant un travail pédagogique, de la transparence et un encadrement réglementaire strict.
Une bataille à tous les niveaux
En attendant, la lutte contre le moustique tigre implique aussi les citoyens, avec des actions simples comme éliminer les eaux stagnantes et surveiller son environnement. À Montpellier comme ailleurs, cette bataille se joue à tous les niveaux : scientifique, politique et citoyen, illustrant l'importance d'une approche intégrée pour faire face à cet envahisseur tenace.



