Un bambin qui rampe sur un lino beige, des portes rose bonbon, des jouets éparpillés… Ce décor pourrait être celui d’une crèche, mais les barreaux aux fenêtres dessinent une autre réalité, celle de la prison. Visage dissimulé, une femme déambule dans un couloir silencieux. « Le plus difficile, c’est de savoir qu’on va accoucher seule », souffle-t-elle. Marie-Ange, 35 ans, s’apprête à mettre au monde son deuxième enfant - cette fois-ci en détention. Après six jours d’hospitalisation sous l’œil de policiers postés à l’entrée de sa chambre, la voilà qui reprend le chemin de la prison de Fleury-Mérogis avec son bébé.
Des mères invisibles derrière les barreaux
En France, les femmes représentent 3,4 % de la population carcérale. Parmi elles, certaines sont enceintes, d’autres viennent d’accoucher. Chaque année, une vingtaine de bébés vivent sous écrou au côté de leur mère, au sein d’unités nurserie ou de cellules mère-enfant. Ce droit est accordé à celles qui en font la demande - du moins jusqu’aux 18 mois de l’enfant. Après, ce dernier est confié à un proche ou placé en famille d’accueil.
Les affres de la parentalité en solitaire
Précieux et instructif, ce documentaire s’attache au vécu si singulier de ces détenues dont on ne parle jamais. Trois femmes, trois mères dans trois prisons différentes (Lille, Paris, Mulhouse). Parce que les raisons de leur incarcération importent peu, celles-ci sont tues. Un parti pris percutant qui donne à ces récits un écho dépourvu de jugement, empli de dignité. Car comment ne pas être ému quand l’une d’elles explique avoir été conduite menottée à ses échographies ou qu’une autre raconte avoir insisté pour que les policiers sortent de la salle d’accouchement ?
Entre quatre murs, elles ont allaité, affronté les nuits hachées, découvert les affres de la parentalité en solitaire et glané des conseils auprès d’autres détenues ou de surveillantes bienveillantes. À cette sororité s’entremêlent des instants de vie et des rires qui apportent de la douceur à cette réalisation dépourvue de voix off. « La prison m’a un peu protégée », lâche Marie-Ange le jour de sa libération.
◗ Samedi 30 mai à 21h00 sur Public Sénat. Documentaire de Nathaël Rusch et Chloë Audrain (2025). 52 min. (Disponible en replay sur le site de Public Sénat).



