Une escale matinale au cœur d'un amphithéâtre naturel
Chaque réveil lors d'une escale réserve une surprise visuelle stupéfiante, comme si un décorateur et son éclairagiste œuvraient dans l'ombre pour nous émerveiller davantage chaque jour. Après une deuxième journée complète de navigation sur le Marion-Dufresne, je rejoins les plus matinaux sur le pont supérieur pour découvrir un diadème de roche impressionnant. Ce cratère, d'un diamètre de 1 500 mètres et s'élevant à 270 mètres, s'ouvre tel un amphithéâtre romain, où les gradins sont formés par la roche et notre navire incarne la scène portant des spectateurs fascinés.
Le cratère de l'île Saint-Paul : un spectacle grandiose
Il s'agit du cratère de l'île Saint-Paul, dont la partie effondrée de la caldeira se dévoile depuis l'est, face au soleil levant qui colore d'or et de rouille sa roche et ses mousses. La mer agite ses pieds basaltiques avec force, inondant le cratère par une étroite passe au centre de la zone éboulée. Cette passe forme une mince digue naturelle où reposent paisiblement des otaries. De part et d'autre de l'éboulement, la couronne originelle est cassée net, révélant des faces abruptes qui exposent les strates alternées de tuf et de dyke, contrastant avec les pentes douces créées par les coulées de lave.
Une mission scientifique au cœur du cratère
Parmi les observateurs, je partage mon émerveillement avec Mikael, le préfet. Dans la matinée, il effectuera la traversée en workboat pour pénétrer dans le cratère, accompagnant Antoine et Pierre, chercheurs du CNRS. Leur mission : inspecter des instruments comme le sismographe, le magnétomètre et le marégraphe, ainsi que leurs supports et protections. Cette visite constitue la raison principale de notre escale, mais seuls les scientifiques débarqueront sur l'île.
Le workboat, une petite embarcation orange intrigante depuis le début du voyage, est suspendu le long d'une coursive. Piloté par Pierrick, le lieutenant océanographique, assisté de matelots, il est insubmersible mais renversable. La passe vers le cratère présente des embûches : étroite, peu profonde, avec des vagues changeantes et un fond couvert de laminaires. Pierrick et son équipe effectuent une reconnaissance, soutenus depuis la passerelle du Marion-Dufresne par des collègues qui les guident par radio. Après une approche prudente, le passage est réussi, permettant l'embarquement des passagers.
Histoire et activités économiques de l'île
L'île Saint-Paul, comme sa sœur Amsterdam située à environ 80 kilomètres au nord, est connue depuis le XVIe siècle. Découverte par des Portugais, puis visitée par des Néerlandais, des pêcheurs de La Réunion, et des chasseurs de phoques et baleines, elle fut déclarée possession française en 1824 avant d'être rattachée à Madagascar, puis séparée avant son indépendance.
Lors de cette escale, un navire de pêche, L'Austral, est visible au nord de l'île. La pêche à la langouste, similaire à celle de la légine à Crozet et Kerguelen, est une activité majeure dans la zone. Les concessions de pêche, accordées par les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) dans leur zone économique exclusive, génèrent des revenus substantiels tout en préservant les ressources marines.
Vers la prochaine destination : l'île d'Amsterdam
À la fin des rotations, le workboat est hissé à bord du Marion-Dufresne, qui reprend sa route vers la dernière escale : l'île d'Amsterdam. Nous y arriverons dans l'après-midi, mais le débarquement pour la plupart des passagers n'aura lieu que le lendemain, marquant la fin de cette aventure scientifique et naturelle en mer australe.



