Île de Ré : un couple octogénaire face à la procédure d'expropriation du Conservatoire du littoral
Lucette et Claude Huau, âgés respectivement de 87 et 85 ans, constituent les seuls résidents permanents parmi les 370 parcelles privées que le Conservatoire du littoral souhaite acquérir dans le secteur du Défend, à cheval sur les communes de Rivedoux et Sainte-Marie-de-Ré. Cette acquisition s'inscrit dans un projet de renaturation de 17 hectares supplémentaires, s'ajoutant aux 19 hectares déjà possédés par l'établissement public.
Une maison écologique au bord de l'eau
Leur modeste maison de 1 835 mètres carrés, située en bordure de plage à Rivedoux-Plage, suscite l'admiration des promeneurs depuis des années. « Quand je m'occupe de mes fleurs, il y a souvent des personnes qui regardent, qui prennent des photos. On nous dit que c'est le paradis chez nous ! » raconte Lucette Huau. La propriété n'est cependant pas à vendre, pas même au Conservatoire du littoral qui a engagé une procédure rare de déclaration d'utilité publique, avec ouverture d'une enquête publique le 31 mars dernier.
Cette procédure pourrait aboutir à l'expropriation des propriétaires récalcitrants. « Vous vous rendez compte ? On ne peut pas partir comme ça... Nous sommes résidents permanents depuis 2001, mais nous venons ici depuis 1973 ! » s'indigne Claude Huau, dont la mémoire précise retrace l'histoire familiale sur ce terrain.
Une implantation familiale durable
L'aventure a commencé par un séjour en caravane en 1973, lorsque des agriculteurs voisins, Clovis et Clara, leur ont prêté un coin de leur champ au Défend. Séduits par le lieu, les Huau ont d'abord acheté un terrain de 300 mètres carrés avant de découvrir, cachée sous des fougères de plus de 2 mètres, une petite maison de vacances qui semblait abandonnée. Après avoir identifié la propriétaire domiciliée à Saintes, ils ont pu acquérir cette habitation.
Au fil des années, ce couple de commerçants en cuisines de Saumur a transformé une cabane sommaire en une maison autonome, dépourvue de tout réseau public. Claude Huau a conçu :
- Un système de récupération d'eau de pluie avec une réserve de 30 000 mètres cubes
- Une installation électrique via panneaux photovoltaïques et batteries
« C'est peut-être la maison la plus écologique de l'île de Ré », souligne Thierry Rothé, l'un des gendres. « À leur âge, laissons-les tranquilles ! C'est le seul terrain habité à l'année du secteur ! Il peut y avoir une exception, non ? »
Un lieu chargé de souvenirs familiaux
Contrairement à d'autres parcelles où subsistent des vestiges d'occupations passées (grillages rouillés, vieux locaux en tôle), le terrain des Huau est soigneusement entretenu et fleuri. Un imposant pin parasol, planté il y a environ cinquante ans par Claude, ombrage la terrasse avec vue sur la mer et le phare de Chauveau.
La famille s'est considérablement agrandie avec trois enfants, huit petits-enfants et dix arrière-petits-enfants, créant au fil des étés des souvenirs précieux dans ce lieu. « Perdre un tel endroit, chargé d'histoire familiale, ça ferait mal au cœur », confie Claude Huau, qui garde néanmoins espoir que « le côté humain l'emporte » lorsque viendra le moment de dresser la liste des expropriés.
Une mobilisation citoyenne en cours
La menace d'expropriation qui pèse sur les deux octogénaires commence à susciter émotion et indignation. Une pétition intitulée « Île de Ré : sauvons les terrains familiaux menacés d'expropriation », lancée sur Change.org pour s'opposer plus généralement au processus administratif en cours, a déjà réuni près de 1 400 signatures.
Sur les registres mis à disposition du public dans le cadre de l'enquête publique pour « la conservation et la mise en valeur de l'espace naturel du Défend », plusieurs observations favorables au maintien à domicile du couple de personnes âgées ont été consignées. La décision finale reviendra au préfet de Charente-Maritime, qui devra statuer via la future déclaration d'utilité publique sur la possibilité pour Lucette et Claude Huau de vivre leurs vieux jours tranquillement dans leur maison de bord de mer.



