Face à une sécheresse qui s'installe dès le printemps, le préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, alerte sur un été sous tension et demande aux Maralpins d'adopter dès maintenant des réflexes de sobriété pour éviter des restrictions plus sévères. « Chaque goutte compte pour éviter des restrictions sévères cet été », insiste-t-il.
Une situation hydrologique préoccupante
Malgré les apparences, les cours d'eau du département affichent des débits estivaux très précoces. Éric Lefebvre, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM), explique : « Il faut se préparer à d'éventuelles restrictions. Il est important d'anticiper et d'être sobre dès maintenant. » Au bord de l'Estéron, sur la commune du Broc, le débit est déjà passé de 5 m³ par seconde il y a un mois à 3 m³ aujourd'hui, contre 6 m³ l'an dernier à la même période.
Cette baisse précoce alerte les autorités. Guillaume Chaffardon, chef du service Eau à la DDTM, précise : « Cette année, la dynamique au printemps ressemble déjà à celle du début d'été. On a deux mois d'avance sur la baisse classique des cours d'eau. »
Un déficit de recharge hydrologique
La situation s'explique par un déséquilibre de la recharge des ressources en eau, qui intervient normalement entre septembre et mars. Malgré des pluies en début d'année, le déficit accumulé à l'automne 2025 n'a pas été compensé, atteignant environ 40 %. Avril, marqué par des températures records et l'absence de pluie, a accéléré la dégradation. Les pluies printanières profitent avant tout à la végétation et ne rechargent pas les nappes.
Dans le département, les nappes souterraines et les cours d'eau sont étroitement liés. « Quand les débits baissent, les nappes suivent. On observe déjà des niveaux sous la moyenne sur plusieurs points de suivi », ajoute Guillaume Chaffardon.
Des disparités territoriales
Certains secteurs comme le Var ou la Roya bénéficient encore des apports de la fonte des neiges, mais cette ressource s'épuise. « Derrière, il n'y a plus grand-chose pour alimenter les cours d'eau », prévient le spécialiste.
Adapter les usages et l'urbanisme
Au-delà de la gestion de crise, les autorités appellent à une transformation durable des usages. Les marges de manœuvre concernent l'arrosage des jardins, le lavage des véhicules et le remplissage des piscines. Les activités agricoles sont également ajustées, avec une limitation des arrosages aux heures les moins consommatrices.
Les usages secondaires, comme les douches de plage, sont remis en question. « Je crois que les douches de plage, tout le monde peut s'en passer. Sur la côte Atlantique, il n'y en a quasiment plus », souligne Éric Lefebvre. Il rappelle que les 19 golfs du département ont déjà réalisé des économies d'eau équivalentes à 200 piscines olympiques.
La REUT, une solution en développement
La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) monte en puissance. Le département est pionnier avec une douzaine d'autorisations délivrées. Ces eaux servent à l'arrosage des espaces verts, au nettoyage de la voirie ou à des usages portuaires. Le port d'Antibes utilise également de l'eau dessalée pour le nettoyage des bateaux.
Anticiper plutôt que subir
Les autorités insistent sur la nécessité d'agir en amont. Depuis août 2024, un « dire de l'État » impose aux collectivités de vérifier l'accès à l'eau avant tout projet de développement. La modernisation des réseaux reste un enjeu majeur, ces derniers étant responsables d'environ 20 % de pertes. Certaines communes expérimentent des tarifications progressives ou saisonnières pour inciter à la sobriété.
Enfin, les contrôles seront renforcés. En cas de non-respect des arrêtés de restriction, les contrevenants s'exposent à une amende de 135 euros.
Le préfet Laurent Hottiaux conclut : « J'appelle à une mobilisation de tous, dès maintenant. Chaque goutte compte pour retarder, voire éviter, des restrictions plus sévères cet été. »



