Écobuage illégal : un adjoint jugé pour avoir brûlé un dortoir de vautours
Adjoint jugé pour avoir brûlé un dortoir de vautours

Le premier adjoint au maire d'Iholdy, délégué à l'agriculture, Yves Cornu, a comparu ce jeudi 30 avril devant le Pôle régional environnement du tribunal judiciaire de Bayonne. Il est accusé d'avoir altéré l'habitat du dernier dortoir de vautours percnoptère identifié dans les Pyrénées, en allumant un feu d'écobuage à proximité. Le parquet a requis cinq mois de prison avec sursis.

Un feu pastoral sous le dortoir

Le 20 février 2025, Yves Cornu a démarré un écobuage en bordure d'une zone boisée à Iholdy, au Pays basque, sous des arbres abritant des vautours percnoptère. Il était informé de la présence des oiseaux mais affirme n'avoir « aucune autre solution » pour entretenir la parcelle de 167 hectares de landes communales. Le feu a altéré l'habitat de cette espèce protégée et en déclin, en pleine période de repos avant la nidification.

Un dortoir essentiel menacé

Cette zone d'Iholdy est identifiée comme le dernier dortoir des Pyrénées pour les vautours percnoptère, essentiel au repos de cet oiseau migrateur menacé d'extinction. Un arrêté préfectoral interdisait pourtant la pratique de l'écobuage à cet endroit. Cependant, la mairie avait décidé d'autoriser l'opération. Des réunions de sensibilisation avec des associations avaient eu lieu en amont, et des panneaux avaient été installés sur la zone en guise de prévention.

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« On a voulu mieux faire »

L'éleveur de 45 ans, soutenu par une quarantaine d'élus et agriculteurs dans la salle d'audience, assure à la barre qu'il pensait bien faire. Il explique que l'écobuage avait été décidé « lors d'une réunion, sur une proposition des associations, justement pour préserver ce dortoir ». En allumant le feu juste sous le dortoir, l'idée était qu'il se propage ailleurs. « Avant, on l'allumait plus loin et il venait se concentrer sous le dortoir des vautours. On a voulu faire mieux que d'habitude et on nous le reproche aujourd'hui », regrette-t-il. Pourtant, l'adjoint avait été averti par mail qu'il ne fallait pas allumer de feu sous le dortoir.

Les questions de la partie civile

Me François Ruffié, avocat de l'association Sepanso, partie civile, interroge : « Qu'est-ce qui nous garantit qu'il n'y aura plus d'écobuage sous ce dortoir ? » L'élu répond : « Rien. Comment fait-on alors pour écobuer cette parcelle, qui est très accidentée ? Même avec un robot mécanisé, ce n'est pas possible. »

La défense invoque une pratique ancestrale

Son avocat, Me Grégory Casadebaig, souligne que « l'écobuage est une pratique ancestrale, avec une fonction vertueuse car elle permet d'éviter des feux plus importants. C'est une pratique encadrée mais difficile à maîtriser ». Il a mentionné l'existence d'un plan départemental d'écobuage et d'une commission locale d'écobuage, à laquelle son client a participé, qui « permet de mettre en place des solutions ».

Les réquisitions du parquet

Le ministère public, représenté par Amandine Boyer, a souligné « le caractère non intentionnel de l'infraction » tout en rappelant que « les sites dortoirs de ces vautours, dont l'un a disparu dans les Pyrénées, se dégradent du fait des écobuages ». Elle a requis cinq mois de prison avec sursis simple. Les associations Saiak (à l'origine du signalement à l'Office français de la biodiversité), la Sepanso 64 et Nature en Occitanie se sont constituées partie civile. La décision sera rendue le 28 mai prochain.

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