Pollution sonore en mer : l'activité humaine perturbe gravement la vie sous-marine
Pollution sonore en mer : un fléau méconnu pour la biodiversité

Le bruit humain, une menace silencieuse pour les océans

Contrairement à l'image idyllique popularisée par le film documentaire "Le monde du silence" de Jacques-Yves Cousteau en 1956, l'univers sous-marin est loin d'être un monde sans bruit. L'eau constitue en réalité un excellent milieu pour la propagation sonore, un phénomène dont les conséquences sur la biodiversité marine sont de plus en plus préoccupantes.

L'importance du son pour la vie marine

Thomas Uboldi, de l'Institut Universitaire Européen de la Mer, souligne que le facteur sonore est crucial pour de nombreuses espèces marines. Dans ses travaux scientifiques, il décrit par exemple les homards mâles produisant des sons bourdonnants en vibrant leur carcasse pour impressionner leurs adversaires. De même, certains mollusques perçoivent le paysage acoustique environnant afin de synchroniser leur fraie saisonnière, augmentant ainsi les chances de fécondation. Les cétacés, quant à eux, peuvent communiquer sur des distances dépassant 2 000 kilomètres.

Cette biophonie, qui regroupe les sons émis par les êtres vivants, est essentielle pour les espèces mobiles dont la vue est limitée par la faible visibilité sous-marine. Cependant, cet écosystème acoustique est aujourd'hui gravement perturbé par l'activité humaine.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La pollution sonore, une pression méconnue

Simon Popy, président de France Nature Environnement Occitanie-Méditerranée (FNE Ocmed), confirme : "Quand on parle des pressions qui s'exercent sur la biodiversité marine, on cite volontiers le réchauffement climatique, le chalutage, la pollution plastique… Mais la pollution sonore, beaucoup moins connue, s'ajoute à ces pressions et peut dans certains cas avoir des impacts importants."

À la suite de la conférence des Nations Unies sur les océans 2025, qui a lancé à Nice la "coalition de haute ambition pour un océan silencieux", FNE Ocmed a publié un mini-guide pédagogique sur la pollution sonore sous-marine. Simon Popy précise : "Car les usages de la mer, source de bruit, sont tous en croissance, notamment le trafic maritime, la production énergétique, ou les usages militaires."

Les sources de l'anthropophonie

Le guide décrit en détail l'anthropophonie, c'est-à-dire le bruit généré par l'homme dans le milieu marin. Les sources sont multiples :

  • Les navires, grands et petits, produisent du son par la cavitation de l'hélice, le bruit du moteur et l'écoulement de l'eau sur la coque.
  • L'exploration pétrolière ou gazière utilise des canons à air compressé pour mesurer l'écho renvoyé par les fonds marins, perturbant l'environnement sonore.
  • Les activités industrielles, comme le battage de pieu, le fonctionnement des turbines ou l'extraction de minerais, contribuent également au bruit.
  • Les activités militaires, avec les exercices de tir ou les sonars, peuvent être préjudiciables pour la faune marine.

L'étude de FNE Ocmed note que "rares sont les endroits de la mer où l'anthropophonie est absente, y compris dans les zones avec peu d'activité humaine, le trafic maritime générant des basses fréquences se déplaçant à de très longue distance."

Impacts dévastateurs sur la faune marine

La pollution sonore sous-marine a quatre types d'impacts majeurs sur la faune :

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale
  1. Masquage acoustique : le bruit brouille la communication entre individus et empêche la localisation de proies.
  2. Changement de comportement : adoption de nouvelles routes migratoires, abandon d'habitats ou arrêt d'interactions sociales et alimentaires.
  3. Effets physiologiques : augmentation du stress, ralentissement de la croissance ou accélération du rythme respiratoire.
  4. Blessures physiques : baisse de l'audition ou lésions d'organes pouvant entraîner la mort.

Des études récentes illustrent ces impacts. Une corrélation statistique forte a été établie entre des échouages massifs de cétacés en Méditerranée et la répétition d'exercices sonars militaires. Dans la réserve marine de Cerbère-Banyuls, le comportement vocal du mérou brun et du corb diffère dans les zones soumises à une forte pollution sonore, avec une quasi-disparition des vocalises liées à la reproduction. Sur le littoral, les dauphins bleus et blancs s'approchent des petits fonds côtiers la nuit et s'en éloignent en journée, "lorsque les activités humaines sont les plus importantes."

La Méditerranée, un cas particulièrement critique

La pollution sonore est particulièrement préoccupante en Méditerranée, bassin fermé qui répercute les sons et accueille 25 % du trafic maritime mondial. De plus, de nombreux projets d'éoliennes en mer sont en cours, bien que des méthodes de réduction de l'impact sonore soient envisagées, comme l'arrêt temporaire des travaux en présence de cétacés.

Des solutions pour un océan plus silencieux

Simon Popy et FNE Ocmed proposent plusieurs pistes d'action :

  • Modifier la forme des hélices pour limiter la cavitation.
  • Isoler le bruit des machines.
  • Réduire la vitesse des navires de 10 %, ce qui diminuerait la pollution sonore de 40 % et les émissions de gaz à effet de serre de 13 %.
  • Mettre en place des taxes portuaires réduites pour les bateaux les plus silencieux.

Ces mesures représentent un gagnant-gagnant pour la biodiversité marine et la lutte contre le changement climatique, soulignant l'urgence d'agir pour préserver les écosystèmes sous-marins.