La mobilité en pleine mutation dans le Sud-Est
La mobilité évolue sous l’effet de la transition énergétique, mais aussi des contraintes économiques et climatiques. Blaise Rapior, Directeur Général d’Escota et Directeur Général adjoint de VINCI Autoroutes, détaille les transformations déjà à l’œuvre dans les Alpes-Maritimes et le Var, ainsi que les défis qui attendent encore le territoire.
La transition vers la mobilité électrique est-elle vraiment engagée aujourd’hui ?
Oui, clairement. Même si les débats politiques portent parfois sur les calendriers ou les objectifs, les grandes trajectoires de réduction du CO2 dans les transports restent les mêmes. La direction ne change pas : il faut décarboner progressivement la mobilité. Et les choses avancent ! On le constate déjà avec la progression des véhicules électriques. Ils représentent aujourd’hui entre 4 et 5 % des véhicules circulant sur nos autoroutes, alors qu’ils ne représentent qu’environ 3 % du parc automobile français. Cela montre que leur utilisation sur les longs trajets devient une réalité.
Au-delà de l’écologie, quels sont les autres enjeux de cette transition ?
Le développement de la mobilité électrique répond aussi et de manière de plus en plus perceptible à un enjeu de souveraineté économique. L’Europe est très dépendante des importations de pétrole, contrairement à d’autres régions du monde. L’électrification peut concrètement réduire cette dépendance et améliorer la balance commerciale. Mais attention, il ne faudrait pas remplacer une dépendance au pétrole par une dépendance aux batteries ou aux véhicules électriques importés. C’est pourquoi le développement d’une filière industrielle européenne du véhicule électrique et de la production de batteries constitue aujourd’hui un enjeu stratégique.
Où en est le déploiement des bornes de recharge sur le réseau Escota ?
Nous disposons actuellement d’un réseau de recharge bien structuré sur le réseau VINCI Autoroutes dans le Sud-Est. Il compte 416 points de recharge, très majoritairement à haute puissance, et 100 % de nos aires de services en sont désormais équipées. Quant à la suite, elle est déjà en route : nous travaillons sur un schéma directeur à horizon 2030-2035 avec l’État et les gestionnaires du réseau électrique pour anticiper les besoins futurs. Le nombre de points de charge allant continuer d’augmenter, nous allons devoir, par exemple, adapter les aires d’autoroute, car une place équipée d’une borne nécessite plus d’espace qu’un stationnement classique. De même, nous devons intégrer l’évolution des usages de pause, car les véhicules électriques impliquent des pauses plus régulières et souvent un peu plus longues.
Les mobilités collectives font-elles aussi partie des solutions à développer ?
Oui, c’est indispensable. Dans certaines zones très contraintes, notamment à l’ouest de Nice, il n’est plus possible d’augmenter la capacité des autoroutes. La solution passe donc par une meilleure utilisation des infrastructures existantes et par le développement des mobilités collectives. En 2025, nous l’avons illustré à Toulon sur l’A57 avec la mise en service d’un pôle d’échanges multimodal permettant de connecter bus express, train régional et autoroute. Les premiers résultats sont très encourageants : environ 500 personnes utilisent chaque jour les lignes de bus de cet aménagement et son fonctionnement se révèle des plus satisfaisant, tant en matière de sécurité des usagers que de fluidité des transports. Enfin, le covoiturage représente également un levier important. C’est une solution à la fois économique et efficace pour réduire le nombre de véhicules en circulation et optimiser l’usage des infrastructures existantes. Aujourd’hui, nous sommes encore seuls à 84 % dans nos véhicules aux heures de pointe.
Quels sont les grands défis de la mobilité pour les années à venir ?
L’un des principaux défis sera l’adaptation au changement climatique. Dans les Alpes-Maritimes et le Var, les épisodes méditerranéens et les risques d’inondation représentent des enjeux majeurs pour les infrastructures de transport. Et pour cause, ces événements peuvent perturber à la fois les déplacements et l’activité économique du territoire. Il faudra donc continuer à investir pour renforcer la résilience des infrastructures. Plus largement, l’avenir passera aussi par une évolution des usages. Pour des raisons de place et de géographie, on ne pourra pas améliorer durablement la circulation sans développer les mobilités collectives.



