Le sous-sol alsacien recèle une double richesse : du lithium pour les batteries électriques et de la chaleur géothermique pour produire de l'énergie. Cette ressource, longtemps ignorée, est aujourd'hui au cœur d'un projet industriel ambitieux porté par l'entreprise Électricité de Strasbourg (ÉS) et la start-up française Lithium de France.
Un gisement de lithium unique en Europe
Le bassin potassique d'Alsace, situé dans le Haut-Rhin, contient des saumures riches en lithium, un métal essentiel à la fabrication des batteries lithium-ion. Selon les estimations, ce gisement pourrait fournir jusqu'à 10 000 tonnes de lithium par an, soit l'équivalent de la production de 500 000 batteries de véhicules électriques. « Nous avons la chance de disposer d'une ressource locale, ce qui réduit notre dépendance aux importations, souvent issues de pays comme la Chine ou le Chili », explique Jean-Philippe Richer, directeur général de Lithium de France.
La géothermie, une source d'énergie renouvelable
En parallèle, la chaleur naturelle du sous-sol alsacien est exploitée pour la géothermie. À Soultz-sous-Forêts, une centrale géothermique produit déjà de l'électricité depuis 2016, avec une capacité de 1,5 MW. Le projet prévoit d'étendre cette capacité à 10 MW d'ici 2028, grâce à des forages plus profonds. « La géothermie offre une énergie stable et continue, contrairement au solaire ou à l'éolien », souligne un ingénieur d'ÉS.
Un projet intégré et durable
Le projet combine extraction de lithium et production géothermique. La saumure est pompée à plus de 3 000 mètres de profondeur, où la température atteint 200 °C. Après avoir cédé sa chaleur pour produire de l'électricité, la saumure est traitée pour en extraire le lithium, puis réinjectée dans le sous-sol. Ce cycle fermé limite l'impact environnemental. « Nous utilisons la même eau, sans rejet dans le milieu naturel », précise M. Richer.
Des retombées économiques et environnementales
L'investissement total est estimé à 200 millions d'euros, avec la création de 300 emplois directs et indirects. La production de lithium devrait commencer en 2027, avec un objectif de 5 000 tonnes par an dans un premier temps. Ce projet s'inscrit dans la stratégie française de sécurisation des approvisionnements en matières premières critiques. « C'est une avancée majeure pour l'indépendance énergétique de la France », a déclaré le ministre de la Transition écologique.
Des défis techniques et réglementaires
Cependant, le projet doit surmonter des obstacles. Les forages profonds sont complexes et coûteux, et la réglementation sur l'exploitation des saumures reste à préciser. Des associations environnementales s'interrogent sur les risques de pollution des nappes phréatiques. « Nous menons des études d'impact rigoureuses, et les résultats préliminaires sont rassurants », répond M. Richer. Le projet bénéficie du soutien de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).



