Géothermie profonde : l'ouest francilien promet un « trésor énergétique »
Géothermie profonde : l'ouest francilien promet un trésor

Géothermie profonde : l'ouest francilien promet un « trésor énergétique »

Ce mardi, au siège du conseil régional, étaient présentés les résultats d’un programme d’exploration des sous-sols dans le sud et l’ouest de l’Île-de-France. Bonne nouvelle : les couches géologiques sont tout aussi favorables qu’à l’est pour développer les centrales.

Par Marjorie Lenhardt
Le 21 mai 2026 à 07h07

Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), en septembre 2025. Ce puits de géothermie en chantier permettra d'alimenter le réseau de chaleur de la ville et du Plessis-Robinson.

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Avec 54 installations actives en géothermie profonde qui chauffent près d’un million d’habitants sur son territoire, l’Île-de-France détient le record de France et le deuxième à l’échelle européenne. Face à la crise énergétique et aux objectifs fixés en matière de décarbonation, l’État et le conseil régional d’Île-de-France veulent aller encore plus loin en se lançant à la conquête du sud et de l’ouest francilien. Une zone jusque-là moins connue où l’or bleu des profondeurs est encore peu exploité, comparé à des départements comme le Val-de-Marne, la Seine-Saint-Denis et plus récemment les Hauts-de-Seine qui arrivent, par endroits, à saturation.

Pendant deux ans, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a étudié le sous-sol dans un périmètre de 2 000 km² allant du sud du Val-d’Oise au nord de l’Essonne et de l’est des Yvelines aux Hauts-de-Seine, soit près de 300 communes, afin d’identifier les zones les plus favorables au développement de la géothermie profonde. En 2024, un camion vibreur générant des ondes acoustiques a sillonné les rues d’une centaine de villes, la nuit, afin d’imager le sous-sol, à l’instar d’une échographie.

« C’est l’occasion d’accélérer »

Ce mardi au siège de la région à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le BRGM, l’État via l’Ademe, l’agence de la transition écologique, et la collectivité francilienne ont présenté les résultats de ce programme baptisé Géoscan. « La crise énergétique nous invite plus que jamais à chercher d’autres ressources sur nos propres territoires, pose Yann Wehrling, vice-président (Écologie positive) du conseil régional chargé de la transition écologique. Les enjeux de souveraineté et de pouvoir d’achat des Franciliens et l’urgence climatique se rejoignent de plus en plus et c’est donc l’occasion d’accélérer. »

Le 12 mai dernier, la région a présenté son plan Énergie 2026-2028. Celui-ci comprend un volet consacré à la production d’énergie locale décarbonée via des contrats pouvant atteindre 1 million d’euros chacun. Mais est-ce possible de doubler, voire tripler, le nombre de projets de géothermie profonde en Île-de-France pour répondre à l’objectif fixé par le gouvernement en février 2023 ?

« La réponse est oui », assure Yann Wehrling. Présentée comme un « trésor énergétique » et éminemment « stratégique », cette énergie ne représente aujourd’hui que 1 % de la consommation finale de chaleur.

Versailles (Yvelines), en février 2024. Un camion vibreur a parcouru une partie de l'ouest francilien dans le cadre d'une campagne visant à identifier le potentiel géothermique de son sous-sol.

En procédant à cette étude, dont les résultats seront en accès libre en ligne d’ici cet été, le BRGM contribue à lever l’un des principaux freins pour les collectivités en rendant visible ce qui est invisible au moyen d’une cartographie de favorabilité. Celle-ci est établie à l’aide de la température du sous-sol, des roches constitutives du réservoir, de sa porosité et de sa perméabilité.

L’étude apporte aujourd’hui des connaissances inédites sur trois couches géologiques apparaissant par ordre de profondeur croissante. L’Oxfordien, encore jamais exploité en géothermie dans la région, se situe entre 700 et 1 600 mètres dans la zone étudiée. Le Dogger, exploité par les 54 installations existantes concentrées dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, mais dont le potentiel restait incertain dans l’ouest et le sud, se trouve entre 1 000 et 2 000 mètres de profondeur. Le Trias, également inexploité, est situé entre 1 200 et 2 500 mètres.

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Des données « très techniques » qui permettent de « rassurer les collectivités »

« La favorabilité de l’Oxfordien constitue l’une des principales découvertes de ce projet, souligne Camille Maurel, ingénieure du BRGM. Il apparaît comme une ressource très prometteuse et il est particulièrement intéressant au nord de l’Essonne. » Il pourra notamment être exploité dans les zones où le Dogger arrive à saturation.

Cette couche présente un potentiel géothermique sur la zone étudiée, mais il est moins performant qu’à l’est, avec une température variant de 50 °C jusqu’à près de 80 °C d’ouest en est. Pour le Trias, dont les connaissances restent à approfondir, trois réservoirs ont été identifiés au sud de la zone d’études.

« Ce sont des données très techniques pour les bureaux d’études, mais elles confirment tout l’intérêt du Dogger, notamment dans l’ouest francilien, ce qui permet de rassurer les collectivités », conclut Amélie Renaud, directrice régionale de l’Ademe. Le camion vibreur passé par Versailles a ainsi prouvé qu’il existait bel et bien des sites favorables dans le département.

« Ces mesures apporteront des précisions essentielles pour bien positionner notre système », indique Olivier Peres, directeur général des services de la cité royale. Cela pourrait inspirer d’autres communes voisines alors que la décision de se lancer dans la géothermie est toujours difficile, notamment pour le coût très élevé que cela représente.

« C’est plutôt rassurant car nous nous engageons sur des projets industriels à risque sur trente ans, il ne faudrait pas que la température de l’eau baisse car les réservoirs seraient trop exploités », souligne Luc Mauvarin, ancien élu écologiste de Chaville chargé du projet de géothermie profonde rassemblant Ville-d’Avray, Sèvres et Viroflay. Ce projet lancé en 2022 représente un investissement à 159 millions d’euros (dont 58 millions d’euros de subventions) pour 45 km de réseaux et 13 500 logements raccordés. Il devrait être mis en service en 2029.