La chute de la gauche colombienne enterre le laboratoire de l'économie de la vie
Chute de la gauche en Colombie : fin du laboratoire de l'économie de la vie

La défaite historique de la gauche colombienne aux élections législatives et présidentielle de 2026 sonne le glas de ce que ses partisans appelaient le « laboratoire de l'économie de la vie ». Ce concept, promu par le président sortant Gustavo Petro, visait à remplacer le modèle extractiviste par une économie centrée sur le bien-être humain et la nature. Mais les urnes ont tranché : la coalition de droite « Grande Alliance pour la Colombie » a remporté 58 % des suffrages au second tour, contre 42 % pour le candidat de gauche Carlos Andrés Amaya.

Un rejet du modèle pétro-économique

L'économie de la vie reposait sur quatre piliers : la transition énergétique, la souveraineté alimentaire, la justice sociale et la paix totale. En trois ans, Petro a nationalisé les réserves de pétrole, gelé les nouveaux contrats miniers et lancé une réforme agraire redistribuant 3 millions d'hectares. Selon le ministère des Finances, la croissance du PIB a chuté à 1,2 % en 2025, contre une moyenne de 3,5 % sous les gouvernements précédents. L'inflation a atteint 14 %, tandis que la pauvreté est passée de 39 % à 44 % de la population.

« Les Colombiens ont choisi la stabilité économique plutôt que les expériences idéologiques », a déclaré l'économiste María Fernanda Campo, de l'université des Andes. Le candidat perdant, Carlos Andrés Amaya, a reconnu sa défaite en appelant à « une opposition constructive ». Gustavo Petro, qui n'était pas candidat, a tweeté : « Le laboratoire se ferme, mais les idées restent. »

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Un bilan contrasté sur le plan social et environnemental

Malgré les difficultés économiques, l'économie de la vie a enregistré des succès notables. La déforestation en Amazonie a diminué de 45 % entre 2023 et 2025, selon l'Institut d'hydrologie, de météorologie et d'études environnementales (Ideam). Les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 12 %. La réforme agraire a bénéficié à 200 000 familles paysannes, mais les conflits fonciers ont augmenté de 30 %.

Le chômage est resté élevé à 11,5 %, tandis que les investissements étrangers directs ont chuté de 40 %, les compagnies pétrolières quittant le pays. « Petro a voulu aller trop vite, sans filet de sécurité pour les plus vulnérables », analyse Juan Carlos Henao, professeur à l'université Externado.

Les leçons pour la gauche mondiale

L'échec colombien est un avertissement pour les mouvements progressistes en Amérique latine et au-delà. Le Brésil de Lula, le Mexique de Sheinbaum et le Chili de Boric observent avec attention. « L'économie de la vie était une tentative courageuse, mais elle montre que les transitions écologiques doivent être accompagnées de politiques macroéconomiques solides », estime l'économiste français Gaël Giraud.

La nouvelle administration, dirigée par le conservateur Federico Gutiérrez, promet de rouvrir le secteur pétrolier et de réduire les impôts. Les marchés financiers ont salué la victoire de la droite : la Bourse de Bogotá a bondi de 8 % le lendemain du scrutin. Reste à savoir si la paix totale, autre pilier de Petro, survivra à ce changement de cap.

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