Pessac-sur-Dordogne inaugure un atelier de découpe de chiffons pour relocaliser une filière
Atelier de découpe de chiffons inauguré à Pessac-sur-Dordogne

Pessac-sur-Dordogne lance une révolution locale contre l'absurdité logistique du textile

Ce mardi 21 avril, un atelier de découpe de chiffons d'essuyage industriel a été inauguré à Pessac-sur-Dordogne, sur le site de l'Ustom. Porté par l'entreprise sociale Casti'Lab, ce projet incarne une idée simple mais puissante : relocaliser ce qui n'aurait jamais dû quitter le territoire français.

Une absurdité logistique devenue déclic

Chaque année en France, près de 20 000 tonnes de chiffons industriels sont utilisées. Parmi ces volumes, environ 10 000 tonnes de textiles, pourtant collectées et recyclées sur le sol français, effectuent un parcours absurde : elles sont envoyées en Europe de l'Est ou en Asie pour y être simplement découpées, avant de revenir à leur point de départ.

« Juste pour de la découpe, avec des kilomètres en camions », résume avec franchise Marie Van Oostveen, présidente de Casti'Lab. « C'est fou », ajoute-t-elle sans détour, pointant du doigt ce non-sens économique et écologique qui a servi de déclic à cette initiative locale.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une réponse concrète : créer de l'emploi et réduire l'empreinte carbone

Face à cette aberration, Casti'Lab a décidé de rapatrier cette étape industrielle essentielle. L'atelier, qui a ouvert ses portes en janvier 2026, vise à créer cinq emplois par an pendant trois ans, selon Valentin Loevenbruck, directeur de la structure.

« L'idée, c'est que ce soit une impulsion pour relocaliser les 10 000 tonnes à l'échelle nationale », explique-t-il, soulignant l'ambition de ce projet pilote. Au-delà de la création d'emplois locaux, l'impact écologique est considérable : en supprimant ces allers-retours internationaux, la filière pourrait économiser jusqu'à 2 millions de litres de carburant par an au niveau national.

Un écosystème local solide et synergique

Derrière cette machine à découper se cache une mécanique collective bien plus large. Le projet s'appuie sur un écosystème local déjà dense, où les acteurs avancent main dans la main plutôt qu'en parallèle.

L'atelier est installé sur le site de l'Ustom, partenaire historique de Casti'Lab. « Ce qui est vraiment important pour nous, c'est la complémentarité entre les acteurs du territoire », insiste Fabrice Michel, président du syndicat de gestion des déchets. « Il faut ancrer localement les services de réemploi, de recyclage, de valorisation. Ça crée du travail et ça limite les coûts. »

La collaboration entre ces structures ne date pas d'hier :

  • Fabrication de composteurs en bois
  • Gestion des biodéchets
  • Démantèlement d'équipements électriques

L'atelier de découpe de chiffons vient prolonger cette logique de synergie territoriale. Le dispositif bénéficie également du soutien de Relais Gironde, qui sélectionne les vêtements recyclés destinés à devenir des chiffons d'essuyage.

Des soutiens financiers significatifs

Ce projet innovant a bénéficié de divers soutiens financiers :

  1. La Fondation Vinci accompagne la phase d'investissement à hauteur de 26 000 euros
  2. L'Ademe apporte un soutien de 96 329,28 € (sur la période 2025-2028) dans le cadre de l'appel à projets ORMat (Objectif Recyclages matières)

Ces financements visent à structurer des filières d'économie circulaire viables et durables.

Un levier d'insertion sociale au cœur du modèle

Cette dynamique territoriale s'inscrit pleinement dans le modèle de Casti'Lab, entreprise à but d'emploi participant à l'expérimentation « Territoire zéro chômeur ». Ici, l'activité économique est conçue comme un véritable levier d'insertion sociale.

Actuellement, 77 salariés composent la structure, mais un frein subsiste malgré une croissance rapide : le gel des financements publics. « L'État nous dit : vous restez à 77 salariés », regrette Valentin Loevenbruck. « Espérons que ce soit temporaire, sinon ça remet en cause complètement le projet. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Sur le terrain pourtant, la dynamique est palpable. Dans l'atelier, les gestes sont simples, accessibles et rapidement transmissibles. Sylvia Piquart, 54 ans, apprécie « le calme et le fait de couper », tandis que Belghou Elmekki, formé aux machines, a déjà pris un rôle de référent : « C'est moi qui forme les nouveaux. Ça me plaît beaucoup. »

Le défi final : convaincre les acheteurs

Reste maintenant une dernière clé, sans doute la plus décisive : les acheteurs. Pour que la boucle de l'économie circulaire soit complète, il faut que les entreprises jouent le jeu de la relocalisation.

« L'objectif, c'est que ceux qui achètent du chiffon découpé à l'étranger changent leur fusil d'épaule », martèle Valentin Loevenbruck. « On garantit le même prix. Il n'y a plus de barrière. »

Marie Van Oostveen résume l'essence du projet : « Ça relocalise une activité et l'empreinte carbone est fortement réduite. Et en plus, c'est reproductible. » Une petite révolution locale qui pourrait bien inspirer d'autres territoires à travers la France.