« Nos limites sont souvent bien plus loin qu’on ne l’imagine » : ce Varois relie Paris à Toulon à vélo en 36 heures ! Atteint de surdité profonde, Seyf n’entend pas se laisser abattre, bien au contraire. Ce coach sportif qui partage l’amour du sport et le dépassement de soi dans tout l’ouest-Var, et à La Seyne particulièrement, vient de réaliser un nouvel exploit personnel. Et inspirant.
Un record personnel explosé
En 2022, Seyf avait déjà relevé ce défi dans l’autre sens. Il avait mis six jours. Quatre ans plus tard et à force d’entraînement et de persévérance, il a littéralement explosé son record personnel, qui plus est sous des températures caniculaires.
En 2022, Seïf Baraket – Seyf pour les réseaux – avait déjà réalisé le bel exploit de relier Six-Fours à la tour Eiffel à vélo, soit 857 km et plus de 5700 m de dénivelé, le tout en six jours et presque tout droit. Bien, mais pouvait mieux faire, a estimé ce champion de l’ombre. Alors, le week-end des 30 et 31 mai, il a remis ça, cette fois en sens inverse : départ sous la Grande Dame de fer à 4 h du matin, direction la gare de Toulon où il avait laissé sa voiture et pris le train pour Paris l’avant-veille ; et un poil plus vite, aussi : en 36 h ! Avalé d’une traite ou presque, avec seulement une petite nuit de 4h à mi-chemin, dans un hôtel lyonnais.
« Entraînement, régularité et envie »
Entre ces deux défis, le coach sportif de profession dans l’ouest-Var a visiblement trouvé le bouton pour enclencher le mode « turbo ». Sauf que, pour lui, il n’y a pas de secret en fait : « Depuis que j’ai commencé le vélo il y a 4 ans, je n’ai pas arrêté. En octobre dernier par exemple, j’ai fait le tour de la Corse ; 450 km environ et 8000 m de dénivelé. Là-bas, ça ne rigole pas les montées ! J’ai mis 5 jours. Mais avec de l’entraînement, en augmentant chaque fois un peu plus les distances, avec de la régularité et surtout l’envie, tu peux tout faire », déclare dans un large sourire celui qui est par ailleurs atteint d’une surdité profonde (reconnu avec un handicap auditif à 100 %). « Malgré ce handicap, je souhaite relever ces défis pour montrer que nos limites sont souvent bien plus loin qu’on ne l’imagine. »
Et cette seconde traversée du pays a bizarrement, malgré ce record personnel établi et sans équivalence à notre connaissance, semblé plus facile que la première. Quand, 4 ans plus tôt, il a cru plusieurs fois risquer sa vie sur certaines routes surfréquentées par des camions, cette année Seyf a découvert avec bonheur que des pistes cyclables avaient fleuri sur son parcours. « C’est beaucoup plus sécurisé, ça a bien évolué de ce côté-là, c’est plus rassurant. » De quoi donner à d’autres des envies d’épopée cycliste.
Et, comme à l’aller, il a savouré la beauté de certains paysages traversés, est tombé en ce week-end printanier sur des festivités ici et là, comme un corso fleuri à Pélissanne… « Le plus dur, avec la chaleur qu’il a fait ce week-end-là, c’était à Avignon. J’ai failli renoncer, c’était insupportable. Mais le message d’une amie a suffi à me remotiver. Elle a trouvé les mots justes et je l’en remercie. Et puis, arrivé à Salon-de-Provence, j’ai commencé à sentir l’air de la Méditerranée, j’ai respiré… Et j’ai foncé ! »
Tant d’autres défis à relever
Ce coup-ci, pas de grosse frayeur comme en 2022, où un sanglier a par exemple voulu faire connaissance avec lui d’un peu trop près… Si ce n’est, peut-être, un serpent visiblement suicidaire qui s’est jeté sous ses roues sur une route de campagne. Et si l’on occulte le fait que sa batterie l’a lâché à Gardanne, l’obligeant à faire les derniers 80 kilomètres à vue de nez… « J’ai suivi les panneaux, simplement, et je suis finalement arrivé. » Avec 3 kilos en moins, mais fier.
Prochainement, ce gentil surhomme réfléchit à faire une traversée en kayak avec Fred (« handi_rando_sud » sur Insta), un ami amputé d’une jambe, à la volonté de fer comme lui, qu’il entraîne régulièrement. Mais son rêve le plus cher, c’est de réaliser un autre grand trajet à vélo, avec ses trois enfants. « A leur rythme bien sûr. » Sinon... le lendemain de notre rencontre, soit quelques jours après son Paris-Toulon, Seyf devait effectuer son premier saut en parachute. Sans rien avoir à prouver, si ce n’est à lui-même, juste pour le bonheur de se surpasser.



