Le 31 mars, le média en ligne « queer » Problematik publiait une enquête intitulée « Les médecins sous pression des collectifs anti-trans », dans laquelle l’avocate Caroline Valentin, saisie par la mère d’un jeune homme trans de 22 ans, Vincent, atteint de troubles psychiatriques, était accusée d’avoir « fait pression » sur la chirurgienne qui s’apprêtait à pratiquer sur lui une mastectomie et poussé cette dernière à « annuler l’opération par crainte ».
Pour Me Valentin, qui explique avoir rappelé au spécialiste l’obligation légale de recueillir le « consentement libre et éclairé » de son patient, cette « déformation des faits » est très représentative des « méthodes d’intimidation dissuasives » des collectifs transactivistes radicaux. Lesquels exerceraient « une influence idéologique » jusque sur la fabrique française des normes sanitaires édictées par la Haute Autorité de santé (HAS).
Pourquoi réagir publiquement à cet article ?
Caroline Valentin explique que la raison la plus immédiate est que la rédactrice lui prête des propos qu’elle n’a pas tenus. « Je n’ai jamais affirmé que les troubles psychiatriques de Vincent l’empêchaient de consentir. Ce serait présomptueux : je ne suis pas médecin. J’ai simplement rappelé à cette chirurgienne qu’elle avait l’obligation légale de recueillir le consentement libre et éclairé et que, dans le cas d’un patient comme Vincent, affecté de troubles psychiatriques, cela impliquait de prendre les moyens de vérifier que ceux-ci n’altèrent pas sa capacité à consentir. La nuance est fondamentale. »
Elle précise ne contester à personne le droit de transitionner médicalement et se réjouit que celles et ceux qui y ont trouvé un apaisement aient pu y avoir accès. Mais ce texte est révoltant car il envoie rôtir dans l’enfer de la transphobie ceux qui, par respect et souci de ces patients statistiquement plus vulnérables, rappellent qu’ils doivent bénéficier de la protection de la loi. Il recourt à une inversion accusatoire indigne : la mère de Vincent, qui cherche à protéger son enfant, devient une persécutrice, et la chirurgienne, qui a annulé l’opération, une victime de « pressions anti-trans ».
Un chantage faustien
L’avocate dénonce la mise en œuvre de mécanismes bien identifiés par la psychologie sociale : quand une personne a reconstruit toute son identité autour de sa transition, chaque étape franchie rend la suivante plus difficile à refuser, et le retour en arrière devient un effondrement identitaire. À cela s’ajoute la perte du groupe d’appartenance — la communauté trans devenue le cercle social, parfois unique —, facteur de dépression. Cette dépendance affective est d’autant plus aiguë chez les personnes vulnérables dont la transition se double d’une rupture des liens familiaux.
« Chaque article présentant la transition comme un parcours héroïque ajoute un verrou de plus. Ceux qui font de la transidentité un fonds de commerce éditorial ou associatif ont intérêt à ce que l’engagement soit facile et irréversible : ils fabriquent des adhérents captifs et des histoires qui se vendent. Ils m’attaquent car la loi dont je rappelle l’application à ce médecin est un bâton dans leurs roues. Ce ne sont pas les personnes trans qu’ils défendent, ce sont les conditions de leur propre utilité. Et c’est aujourd’hui un problème de santé publique. »
Une explosion du phénomène
On objecte que la transition médicale ne concerne en France qu’une poignée de personnes. Mais le phénomène explose : au Royaume-Uni, la seule clinique de genre pédiatrique prenait en charge moins de 50 enfants par an avant 2009 ; en 2021, elle en a reçu plus de 5 000, soit 100 fois plus en douze ans. En France, le nombre d’affections de longue durée (ALD) a été multiplié par dix entre 2013 et 2020 selon l’argumentaire de la HAS en 2025.
Le consentement éclairé et la jurisprudence
Le consentement éclairé est un principe ancien du droit médical français. Quand l’intervention est « mutilante » — terme légal —, la loi exige en sus un « motif médical très sérieux ». En 1990, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a condamné pénalement deux chirurgiens et un neuropsychiatre pour avoir procédé à une chirurgie de réassignation sur un jeune homme, Jean-Éric O., qui s’est suicidé après l’opération. La cour a jugé que la nécessité de l’intervention devait être « prouvée de façon très rigoureuse, l’opération pouvant parfois elle-même conduire le patient au suicide ». Cette jurisprudence est toujours en vigueur.
La France en décalage avec ses voisins
La Finlande a fait machine arrière dès 2020, la Suède en 2022, la Norvège en 2023. Le Royaume-Uni a publié en 2024 le rapport Cass, conclusion à un effondrement méthodologique des pratiques, et a fermé sa clinique de genre pédiatrique. En France, aucun texte n’encadre les interventions sur les mineurs. Les recommandations de la HAS pour les majeurs en juillet 2025 vont à l’inverse de ce que font ses voisins : moins d’évaluations psychiatriques, moins d’avis spécialisés, donc moins de garde-fous.
Une étude finlandaise récente établit que chez les jeunes suivant une transition médicale, la morbidité psychiatrique sévère explose après deux ans : de 9,8 à 60,7 % chez ceux qui transitionnent vers une identité féminine, de 21,6 à 54,5 % vers une identité masculine. « Contrairement au catéchisme de la HAS, la transition médicale ne résout pas la souffrance psychiatrique : elle l’aggrave. »
Les recommandations de la HAS en question
Me Valentin juge ces recommandations incompréhensibles, sinon impardonnables, car la HAS reconnaît elle-même la prévalence massive des troubles psychiatriques chez les personnes trans tout en refusant de systématiser l’avis psychiatrique avant la chirurgie. Ces incohérences sont le miroir de celles mises en lumière par les fuites concernant la WPATH en 2024 (les « WPATH Files »). Cette organisation a influencé la composition du groupe de travail de la HAS et ses recommandations. Les fuites ont révélé des conversations sur des essais empiriques sans protocole, des médicaments utilisés sans indication, et que les praticiens WPATH promeuvent la prescription de bloqueurs de puberté à des mineurs tout en sachant que près d’un tiers regretteront leur choix.
La frontière des 18 ans est médicalement aberrante
La HAS distingue mineurs et majeurs, mais ce découpage est médicalement aberrant : le cortex préfrontal n’achève sa maturation qu’autour de 25 ans. Le rapport Cass recommande un suivi jusqu’à 25 ans. C’est d’autant plus grave que cette population de jeunes est la plus exposée au phénomène.
Des taux de satisfaction contestables
Les taux de satisfaction post-transition publiés par la HAS sont très élevés, mais proviennent d’études classées au « niveau de preuve faible », majoritairement rétrospectives, à effectifs limités. La quasi-totalité des recommandations est classée « accord d’experts ». L’étude finlandaise, elle, est une cohorte exhaustive avec vingt-cinq ans de suivi, incomparablement plus solide.
La HAS ne dit pas que la mastectomie altère la sensibilité de la poitrine, que sans dilatateur le vagin des femmes trans se referme (5 à 14 % des cas), que près de 40 % des opérés sont réopérés, ou que la moitié des dispositifs pour pénis ne fonctionnent plus après cinq ans. Selon la HAS elle-même, à peine un homme opéré sur trois estime avoir une vie sexuelle satisfaisante.
L’irréversibilité des effets
On oppose que la détransition reste possible, mais elle ne l’est pas complètement. Une jeune femme qui interrompt sa testostérone garde sa voix grave, sa pilosité virile, ses épaules élargies et souvent une calvitie. Le clitoris développé ne rediminue jamais. Un jeune homme qui arrête ses œstrogènes devra faire retirer ses seins chirurgicalement. Aucune chirurgie ne rendra leur taille initiale aux testicules, ni ne rétablira la fonction érectile ou la fertilité. Les années apportent os fragilisés, risques cardio-vasculaires accrus, cancers favorisés. La HAS minore ces effets et ne dit rien sur le caractère irréversible de l’hormonothérapie.
Les détransitionneurs témoignent
Les témoignages de détransitionneurs donnent lieu à des études scientifiques de cohortes. Ils disent souvent n’avoir pas reçu l’évaluation médicale qui leur aurait permis de mesurer ce qu’ils faisaient. La HAS prescrit que « l’identité de genre ne doit pas faire l’objet d’une évaluation psychiatrique spécifique », alors que c’est précisément cette vérification qui a manqué.
Ce reproche a été consacré par la justice américaine : en 2026, une jeune femme de 22 ans, opérée d’une mastectomie à 16 ans, a obtenu deux millions de dollars de dommages et intérêts pour défaut d’évaluation préalable des comorbidités psychiatriques et défaut de consentement éclairé. Un membre de la WPATH a témoigné contre les cliniciens.
Le cas de Vincent
Me Valentin conclut : « Je connaissais suffisamment le sujet pour être scandalisée. Mais le récit de la mère de Vincent m’a bouleversée. Elle parle tellement joliment de son enfant, de leur complicité perdue. Il y a peu de souffrances pires pour un parent que celle d’être rejeté par son enfant. C’est à cette aune qu’il faut mesurer l’abnégation dont elle a fait preuve. Et c’est dans la façon qu’a Problematik de prétendre qu’elle veut du mal à son fils que son article est particulièrement abject. »



