Dix ans après l'Accord de Paris, l'urgence d'un pacte vert Afrique-Europe pour concrétiser la transition
Pacte vert Afrique-Europe : de l'ambition climatique aux actes

Dix ans après Paris : de l'ambition climatique à l'action concrète

Le 22 avril 2016 marquait un tournant historique avec la signature de l'Accord de Paris par les dirigeants mondiaux, établissant une vision commune pour la stabilité climatique. Une décennie plus tard, l'enjeu fondamental a radicalement évolué : il ne s'agit plus de définir les ambitions, mais bien de les concrétiser dans un monde de plus en plus instable.

Les crises énergétiques révèlent la fragilité des systèmes mondiaux

Le conflit persistant dans le Golfe Persique a brutalement exposé la vulnérabilité des systèmes énergétiques et alimentaires à l'échelle planétaire. En déstabilisant les marchés internationaux et en menaçant les routes d'approvisionnement stratégiques, cette crise a paradoxalement renforcé le rôle du pétrole et du gaz comme amortisseurs essentiels face aux perturbations géopolitiques. Cette situation rappelle avec acuité l'importance cruciale de l'autonomie énergétique et l'urgence absolue de développer massivement les énergies renouvelables.

La guerre en Ukraine avait déjà provoqué un choc similaire, contraignant l'Europe à rechercher en urgence des sources d'approvisionnement alternatives et à accélérer la diversification de son mix énergétique. Ces crises successives démontrent qu'en période de turbulence, les énergies fossiles et les énergies propres, profondément ancrées dans les infrastructures existantes, demeurent la garantie par défaut de la stabilité économique et sociale.

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Une transition verte bousculée mais non remise en cause

Contrairement aux apparences, ces perturbations ne signifient pas un recul de la transition écologique. Elles reflètent plutôt des dynamiques complexes et inégales, avec des distorsions temporaires dans certains secteurs et des accélérations remarquables dans d'autres. Alors que les ressources tendent à se réorienter vers la résilience à court terme, les chaînes d'approvisionnement de l'énergie propre atteignent simultanément leur plein potentiel.

La leçon est désormais claire : une transition réussie doit impérativement reposer sur une autonomie stratégique renforcée et des chaînes d'approvisionnement résilientes et diversifiées. Elle doit également s'ancrer solidement dans les réalités complexes de la géoéconomie contemporaine et des politiques industrielles nationales et régionales.

L'Afrique : pivot stratégique longtemps sous-estimé

Nulle part cette réalité n'est plus évidente que dans le contexte du partenariat entre l'Afrique et l'Europe. Le continent africain se trouve au cœur des besoins européens pour réussir ses transitions verte, numérique et sécuritaire. Pourtant, il reste trop souvent décrit sous l'angle réducteur de sa vulnérabilité au changement climatique et de la baisse de l'aide publique au développement, plutôt que pour ses atouts stratégiques et compétitifs majeurs.

L'Afrique détient une part significative des minéraux critiques mondiaux essentiels à la transition bas carbone : cobalt, lithium, graphite, terres rares, métaux du groupe du platine. Ces ressources sont indispensables aux batteries, aux énergies renouvelables et aux technologies décarbonées. Cependant, le continent ne peut et ne doit pas rester un simple fournisseur de matières premières brutes. Son avenir réside dans le développement de chaînes de valeur industrielles propres, la création de valeur locale substantielle, la valorisation régionale intégrée et une industrialisation verte ambitieuse.

Des chaînes de valeur à construire entre les deux continents

Cette transformation est déjà engagée concrètement. Des initiatives UE-Afrique telles qu'AfricaMaVal et LuNA Smelter, mises en avant dans le rapport State of Africa-Europe Report 2025 de la Fondation Afrique-Europe, visent spécifiquement à promouvoir une exploitation minière responsable et la création de valeur locale durable. Elles associent étroitement les normes ESG aux capacités industrielles émergentes.

Ces programmes dessinent les contours d'un nouveau modèle économique : un modèle où l'Afrique progresse significativement dans la chaîne de valeur mondiale, tandis que l'Europe sécurise un approvisionnement transparent et durable en minerais semi-transformés pour soutenir ses triples transitions stratégiques.

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L'Europe face à ses dépendances, l'Afrique face à son industrialisation

L'Europe doit simultanément relever ses propres défis climatiques et compétitivité : réussir sa transition écologique tout en réduisant ses dépendances stratégiques. Mais elle ne peut y parvenir seule. Les molécules vertes, les produits décarbonés et les matières premières nécessaires à ses transitions pourraient en grande partie provenir d'Afrique.

Garantir cet accès privilégié ne doit pas se limiter à l'extraction des ressources : il doit impérativement reposer sur le co-investissement équitable, la co-production innovante et la création de valeur à long terme, à travers un partenariat UE-Afrique substantiellement renforcé et rééquilibré.

Vers un grand pacte vert Afrique-Europe

C'est dans ce contexte géopolitique complexe qu'un grand pacte vert devient absolument essentiel. L'Afrique et l'Europe partagent des ambitions interdépendantes et des capacités complémentaires remarquables en matière industrielle, technologique, financière, humaine et de politiques publiques.

Ensemble, elles peuvent construire des chaînes de valeur intégrées et résilientes, des minerais critiques aux systèmes énergétiques propres, de l'énergie renouvelable aux systèmes agroalimentaires durables, créant ainsi des emplois de qualité, une résilience économique et une prospérité partagée équitablement.

Au-delà de l'énergie : de nouveaux secteurs à activer

Ce partenariat stratégique doit dépasser les secteurs traditionnels de l'énergie, du numérique, du transport et des infrastructures. Comme le souligne le State of Africa-Europe Report 2025, des secteurs encore insuffisamment exploités tels que les systèmes agroalimentaires durables et l'économie bleue offrent un potentiel immense pour l'industrialisation verte et le développement de chaînes de valeur innovantes.

Relier intelligemment la restauration des écosystèmes, les systèmes agroalimentaires résilients et le développement industriel durable permet de renforcer simultanément la résilience climatique, la croissance économique inclusive et l'adaptation aux changements environnementaux.

Une telle coopération approfondie est également stratégique pour l'Europe : en soutenant activement l'industrialisation verte de l'Afrique, elle diversifie ses approvisionnements stratégiques, réduit ses risques géopolitiques et renforce substantiellement sa propre sécurité économique à long terme.

Une responsabilité partagée face à l'urgence climatique

L'Afrique et l'Europe détiennent chacune une pièce essentielle du puzzle climatique mondial. Ensemble, elles peuvent construire un nouveau modèle d'industrialisation verte, fondé sur l'équité intergénérationnelle, la durabilité environnementale et des bénéfices mutuels équilibrés. Des temps géopolitiques turbulents exigent une action conjointe déterminée entre partenaires partageant des valeurs communes.

Ce pacte vert ambitieux pourrait constituer la pierre angulaire d'une stratégie climatique mondiale qui soit non seulement efficace sur le plan environnemental, mais aussi profondément équitable sur le plan économique et social.

De l'ambition aux actes : le temps de l'action décisive

Dix ans après l'historique Accord de Paris, et à mesure que la communauté internationale se dirige vers la COP32 prévue en Éthiopie en 2027, le succès ne se mesurera plus aux engagements diplomatiques, mais aux réalisations concrètes de la coopération entre l'Afrique et l'Europe.

La transition écologique mondiale ne sera pas portée par la seule ambition politique, mais par les investissements productifs massifs, ainsi que par les infrastructures durables, l'industrie décarbonée et les partenariats équitables. Le temps de la coopération progressive et timide est définitivement révolu. Ce qu'il faut désormais, c'est une action conjointe, décisive et immédiate pour construire un avenir commun durable.

Ibrahim Mayaki, ancien Premier ministre du Niger, envoyé spécial de l'Union africaine pour les systèmes alimentaires, ancien directeur général de l'AUDA-NEPAD, Co-président du groupe stratégique agroalimentaire de la Fondation Afrique–Europe.