Le projet de consigne pour les bouteilles plastiques, porté par le gouvernement, suscite une vive opposition en Île-de-France. Les organismes de gestion des déchets franciliens, réunis au sein du Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères (Sytom), dénoncent cette mesure comme « la pire des solutions ». Ils estiment qu'elle fragiliserait le système de collecte sélective existant, déjà performant dans la région.
Un système jugé contre-productif
Selon le Sytom, qui regroupe 84 communes et près de 5 millions d'habitants, la consigne risquerait de détourner les bouteilles plastiques des flux de recyclage classiques, réduisant ainsi l'efficacité des centres de tri. « C'est une solution coûteuse et inefficace », déclare Patrick Ollier, président du Sytom. « Elle va à l'encontre des efforts déployés depuis des années pour améliorer le tri et le recyclage. »
Les collectivités franciliennes estiment que l'instauration d'une consigne entraînerait une perte de revenus pour les centres de tri, qui valorisent actuellement ces matériaux. Selon une étude du Sytom, le manque à gagner pourrait atteindre 10 millions d'euros par an pour la seule Île-de-France.
Un bras de fer avec l'État
Les organismes de gestion des déchets se disent prêts à engager un « bras de fer » avec l'État pour défendre leur position. Ils réclament une concertation approfondie avant toute décision. « Nous ne sommes pas opposés par principe à la consigne, mais elle doit être intégrée dans une stratégie globale de réduction des déchets », explique Patrick Ollier.
Le gouvernement, de son côté, défend ce projet comme un moyen d'atteindre les objectifs de recyclage fixés par l'Union européenne. La consigne permettrait de collecter 90 % des bouteilles plastiques d'ici 2029, contre 60 % actuellement. Cependant, les collectivités franciliennes estiment que ces objectifs peuvent être atteints sans passer par la consigne, en améliorant les systèmes de tri existants.
Des conséquences économiques et environnementales
Au-delà de l'aspect financier, les détracteurs du projet pointent des conséquences environnementales négatives. La mise en place d'un réseau de collecte parallèle générerait des émissions de CO2 supplémentaires liées au transport. De plus, les bouteilles consignées pourraient être moins bien recyclées si elles ne sont pas correctement triées.
Le Sytom et d'autres organismes franciliens appellent à une évaluation indépendante du projet avant tout déploiement. Ils suggèrent d'expérimenter d'abord la consigne dans quelques territoires, afin d'en mesurer l'impact réel. « Il ne faut pas brûler les étapes », conclut Patrick Ollier.



