À compter du 1er janvier 2027, Estérel-Côte d'Azur Agglomération mettra fin au service public de collecte des déchets dans toutes ses Zones d'Activités Économiques (ZAE). Cette décision, votée en conseil communautaire le 21 avril 2026, suscite une vive grogne parmi les professionnels du territoire. La Taxe d'Enlèvement des Ordures Ménagères (TEOM) continuera pourtant d'être prélevée intégralement sur les propriétaires, qui la répercutent sur les entreprises via les impôts fonciers. Les entrepreneurs devront donc souscrire à des contrats privés pour assurer la collecte de leurs déchets, payant ainsi deux fois pour un service désormais non assuré par la collectivité.
Une double peine dénoncée par les entrepreneurs
Christophe, cogérant de la carrosserie des Genêts, exprime son mécontentement : « C’est clairement injuste, et cela va créer une distorsion entre les zones d’activités commerciales et le reste des professionnels qui sont situés hors de ces zones-là ! » Il souligne l'absurdité de la situation : « Mon concurrent, qui est situé à 100 mètres de chez moi, continuera, lui, à voir ses poubelles collectées parce qu’il est juste en dehors de la SAC des Genêts. La taxe sur les ordures ménagères, on la paiera tous les deux, mais moi je n’aurai pas droit au service qui va avec et je vais devoir débourser de l’argent supplémentaire. De quoi générer des inégalités concurrentielles. Suivant où est située votre entreprise, vous êtes discriminé ! »
Le coût supplémentaire annuel est estimé par les professionnels à environ 4 000 euros pour la zone des Genêts. Un chef d'entreprise d'Epsilon 1 ajoute : « Ajouter une taxe déguisée de plusieurs milliers d’euros par an revient à étrangler des structures déjà fragilisées. Au-delà du coût financier, c’est une charge administrative aberrante (gestion des contrats privés, traçabilité complexe, suivi des bordereaux de tri) imposée aux dirigeants. »
Un manque de concertation et des craintes de dépôts sauvages
Victor Cannarozzo, garagiste dans la zone des Genêts, déplore l'absence de consultation : « D’autant plus que nous n’avons jamais été consultés au préalable, ni même prévenus de ce qui allait se passer ! » Christophe renchérit : « Dans la décision du conseil communautaire, il est dit qu’entre avril et janvier, ça laissera le temps aux entreprises de se retourner. Pour anticiper, encore faut-il le savoir ! Et à l’heure actuelle, je n’ai officiellement toujours rien reçu de la part de l’agglo ! »
Les professionnels craignent également une recrudescence des dépôts sauvages de nuit, d'autant que les besoins en volume varient d'une entreprise à l'autre. Michel Ghigo, président du technoparc Epsilon 1, tente de mutualiser les zones pour obtenir un tarif avantageux : « Nous essayons de lancer une étude pour arriver à avoir une mutualisation de toutes les zones pour avoir un tarif particulier et étudier les différents devis qui nous seront proposés. Nous avons eu des échanges avec les services de l’Agglo afin de leur demander d’une part de pouvoir retarder l’échéance du 1er janvier, et d’autre part nous allons leur demander l’annulation de la taxe d’ordure ménagère sur notre foncier. Pour le moment, pas de retour ! »
Une réunion avec le président de l'agglomération
Le 29 juin 2026, Frédéric Masquelier, président d'Estérel Côte d'Azur Agglomération, a reçu les représentants de l'Association des Parcs d'Activités d'Estérel Côte d'Azur (APAC) pour échanger sur les modalités de mise en œuvre de l'arrêt du service public de collecte des déchets. Cette réunion a permis de rappeler le cadre juridique et les objectifs de cette évolution, tout en offrant aux représentants de l'APAC l'occasion de faire remonter les préoccupations et les interrogations exprimées par leurs adhérents. À l'issue des échanges, il a été convenu d'organiser un point d'étape au début du mois de septembre afin d'évaluer la mise en œuvre du dispositif, d'identifier les éventuelles améliorations à apporter et d'examiner les réponses susceptibles d'être apportées aux demandes formulées par les entreprises.
Les entrepreneurs espèrent que cette réunion débouchera sur des ajustements, notamment un report de l'échéance ou une suppression de la TEOM sur les fonciers concernés. En attendant, la grogne reste vive dans un contexte économique déjà difficile, marqué par la hausse des coûts de l'énergie, des matières premières et des taux d'intérêt.



