Climat : l’Hérault aura le climat de l’Andalousie en 2050
Hérault : le climat de l’Andalousie attendu en 2050

Un rapport prévoit une aridification du bassin de l’Hérault d’ici 2050

Un rapport de plus de 50 pages sur la gestion de la ressource en eau dans le bassin de l’Hérault, livré fin 2025, dresse un constat alarmant sur l’état du territoire à l’horizon 2050. Mené par l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) du fleuve Hérault avec BRL ingénierie et l’accompagnement d’un chercheur du Giec, ce travail de dix-huit mois dégage trois tendances fortes qui corroborent les craintes et concernent la quasi-totalité du département.

Trois tendances majeures

La première tendance est une hausse des températures. Contenue à +1,9 °C entre 1960 et 2022, elle s’accélérera pour progresser en moyenne de 2 °C d’ici 2050. La deuxième est l’assèchement des sols, avec un déficit hydrique accentué de mai à septembre. La troisième est une baisse majeure des débits d’étiage, de 15 à 40 %.

Christian Vivier, directeur de l’EPTB fleuve Hérault, explique : « Sur le changement climatique, les études locales recoupent ce que disent les chercheurs avec des spécificités méditerranéennes sur un réchauffement plus rapide et plus fort, l’été, et des pluies utiles plus rares accompagnées de phénomènes extrêmes intensifiés. Quel que soit le scenario pour les émissions de gaz à effet de serre, l’écart des prévisions est quasi nul d’ici 2050. Les effets se produiront en 2010. Mais pour 2050, c’est déjà plié. On qualifie cela d’aridification. Le climat du sud de la France sera le nôtre dès 2050 et ça fait peur. »

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Un climat proche de l’Andalousie

Le rapport met en évidence que le climat du bassin de l’Hérault en 2050 sera comparable à celui de l’Andalousie, avec une aridification marquée. Le fleuve Hérault, qui traverse le département du nord au sud, approvisionne en eau potable 600 000 personnes dans sa partie sud, d’Agde aux portes de Montpellier. Le bassin de Thau, tributaire du fleuve, est également très concerné.

La question se pose : peut-il y avoir pénurie d’eau potable dans moins de 25 ans ? Christian Vivier répond : « Sur le bassin de l’Hérault, on prélève déjà trop par rapport à ce que peut supporter le fleuve. Pour l’instant, ce déficit est faible. Mais comme la ressource en eau diminuera encore l’été, on est très inquiet sur le débit restant et la pérennité des usages. » Il note toutefois un atout : les karsts du bassin versant agissent comme une immense réserve souterraine de stockage des pluies hivernales, restituées l’été. « C’est une vraie chance pour la partie en aval, mais pas pour celle en amont », ajoute-t-il.

Des conséquences en cascade

La baisse des débits entraînera d’autres phénomènes : des poissons qui ne pourront plus passer les barrages, un réchauffement de l’eau, une augmentation des eutrophisations et des anoxies. En effet domino, l’agriculture et la viticulture seront en première ligne avec une augmentation de la demande en eau, un décalage des cycles de production, du stress hydrique et des pertes de rendement. L’élevage sera affecté par l’affouragement précoce des troupeaux, faute d’herbe, et par les difficultés d’abreuvement. La conchyliculture, déjà confrontée à des défis, devra faire preuve de résilience.

Le tourisme subira également les conséquences : surfréquentation, étés suffocants, dégradation de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques, prolifération des moustiques, et, sur le littoral, recul du trait de côte.

Des préconisations pour s’adapter

Les résultats de l’étude ont été partagés lors d’ateliers sur l’ensemble du territoire. La Commission locale de l’eau (Cle) et l’EPTB fleuve Hérault ont défini une stratégie d’adaptation comprenant dix-huit préconisations. Parmi elles : la préservation de la ressource en eau et l’optimisation de son utilisation, l’adaptation du développement démographique à la disponibilité de l’eau, l’étude d’une possible mobilisation du Salagou, la poursuite des efforts pour limiter les pollutions agricoles et domestiques, et la préservation et la restauration des milieux aquatiques et zones humides.

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Christophe Morgo, maire de Villeveyrac et président de l’EPTB fleuve Hérault, souligne : « Dix-huit EPTB ont mené chacun cette étude. Elle met en avant les mêmes tendances d’augmentation des températures moyennes annuelles, très marquées l’été, de diminution de la recharge des nappes et des débits d’étiage des cours d’eau, de milieux aquatiques fragilisés, d’augmentation du niveau de la mer, d’intensification des pluies extrêmes… Et ça va aller plus vite ici. »

Sans sombrer dans le catastrophisme, il alerte : « Le citoyen n’a pas vraiment pris conscience de ce qui va arriver. Il a vu les pluies de décembre 2025 et s’est dit que tout allait bien, que tout ça n’est pas vrai. Mais il doit avoir l’information. 2050, c’est demain. Les chiffres sont précis et il n’y a pas de marge d’erreur. »

Le rapport reprend une formule d’Yves Tremblay, hydrologue à l’IRD de Montpellier : « On a déjà vu ça dans le passé, mais à des périodes où les homo sapiens n’existaient pas encore… »