Alors que Météo-France place 72 départements en vigilance rouge canicule ce jeudi, le Dr Jean-Christophe Calmes, représentant syndical des médecins généralistes de l'Hérault, met en garde contre un phénomène trop souvent ignoré : l'effet retard de la canicule. Selon lui, « les plus fragiles ressentent les symptômes parfois cinq à dix jours après un épisode de canicule. » Ce matin sur France Info, la rhumatologue et ministre de la Santé Stéphanie Rist alertait également sur les conséquences des chaleurs extrêmes, pointant des effets post-canicule souvent « sous-estimés ».
Qu'est-ce que l'effet retard de la canicule ?
L'effet retard de la canicule désigne le fait que la surmortalité liée à une vague de chaleur ne s'arrête pas dès que les températures redescendent. « On observe qu'après la canicule, de nombreuses personnes continuent à présenter des complications graves, parfois mortelles, pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, voire jusqu'à un an », explique le Dr Calmes. Au-delà des décès immédiats, il y en a d'autres « à retardement », que l'on ne relie pas toujours à la canicule alors qu'ils en sont bien souvent la conséquence.
Combien de temps les risques persistent-ils ?
Santé publique France estime globalement cet effet retard à une période allant jusqu'à trois semaines après la canicule, principalement pour des maladies chroniques qui « décompensent » peu après les fortes chaleurs : accident cardiaque, insuffisance rénale, crises pour les malades chroniques, etc. Mais selon d'autres études, cette fragilisation peut durer beaucoup plus longtemps, jusqu'à un an parfois.
Qui sont les plus exposés ?
Ce sont d'abord les plus fragiles : les personnes âgées, car leur organisme gère moins bien la chaleur, et les malades chroniques (cœur, reins, diabète). Il y a aussi les personnes sous traitement, notamment des médicaments pour la tension ou le cœur, des diurétiques, des anti-inflammatoires. Ces traitements peuvent aggraver les effets de la chaleur et compliquer le rétablissement. « Il ne faut pas oublier les femmes enceintes : la fin de grossesse associée à la canicule, c'est particulièrement fatigant et il y a un risque accru d'accouchements prématurés et de fausses couches », ajoute le Dr Calmes.
Des complications souvent invisibles
Après la canicule, de nombreuses personnes continuent à présenter des complications graves, parfois mortelles, pendant plusieurs semaines. Pour les patients les plus vulnérables, il s'agit surtout de fatigue extrême, de troubles du sommeil, mais aussi d'aggravations brutales de maladies chroniques. « Après la canicule, j'ai de plus en plus de personnes âgées hospitalisées pour des décompensations cardiaques, des épisodes d'insuffisance rénale, des déséquilibres glycémiques chez les diabétiques », témoigne le médecin. L'un des signaux les plus préoccupants est la déshydratation : beaucoup de patients ne s'en rendent pas compte et leur état se dégrade lentement (tension qui flanche, malaise, confusion, parfois perte de connaissance).
Un danger sous-estimé
L'effet retard peut-il être encore plus dangereux que la canicule elle-même ? « On peut le penser, oui. Parce que lorsqu'il y a une alerte canicule rouge, tout le monde fait attention : familles, personnels, pouvoirs publics. Mais une fois l'épisode terminé, la vigilance retombe. Or, c'est justement à ce moment que les complications commencent à s'accumuler. C'est un danger invisible, qu'on sous-évalue parce qu'on ne relie plus directement les complications à la canicule », insiste le Dr Calmes.
Quelles solutions pour limiter cet effet retard ?
Il manque une information claire et large, à destination du grand public, sur l'existence de ces risques décalés dans le temps. Certains médecins généralistes, infirmiers et pharmaciens font déjà beaucoup : contacts réguliers pendant l'été, rappel des gestes de prévention, adaptation des traitements. Mais il faut amplifier cette démarche. L'autre sujet est le bâti : la climatisation des établissements sensibles (EHPAD, hôpitaux, crèches) est impérative, et il faut surtout améliorer l'isolation thermique des bâtiments. À long terme, seule la réduction des gaz à effet de serre permettra d'agir sur la fréquence et l'intensité des canicules.



