Le bilan des puissants séismes de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont frappé le Venezuela mercredi 24 juin ne cesse de s'alourdir. Samedi 27 juin, les autorités vénézuéliennes ont annoncé qu'au moins 900 personnes ont été tuées et 3 300 blessées. Quelque 50 000 personnes sont toujours portées disparues, la plupart sous les décombres, tandis que des centaines d'immeubles ont été endommagés dans les États de Caracas, La Guaira, Miranda, Aragua, Carabobo et Falcón.
Un séisme parmi les plus meurtriers d'Amérique latine
Selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), le nombre de victimes pourrait dépasser les 10 000 morts, faisant de cette catastrophe l'un des séismes les plus meurtriers de l'histoire récente de l'Amérique latine. Vendredi encore, l'électricité demeurait coupée près de l'épicentre, à Morón, et totalement absente dans la région de La Guaira. Les opérations de secours s'annoncent particulièrement difficiles dans un pays aux infrastructures précaires et affaiblies par des années de sanctions.
Les États-Unis promettent 150 millions de dollars d'aide
Les yeux se tournent vers les États-Unis, qui ont de facto repris le contrôle économique et politique du Venezuela depuis la capture du président Nicolas Maduro en janvier 2026. Dès jeudi, Donald Trump a assuré que les États-Unis étaient prêts à apporter leur aide, annonçant une enveloppe de 150 millions de dollars et ordonnant à l'ensemble des agences fédérales de se tenir prêtes à intervenir. « Nous serons là pour nos nouveaux et formidables amis », a-t-il déclaré.
Le secrétaire d'État Marco Rubio a précisé avoir échangé avec la présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez et annoncé le déploiement d'équipes de secours venues de Virginie et de Californie. Le Pentagone doit organiser des vols humanitaires et fournir des images aériennes pour faciliter les opérations de sauvetage. Cette mobilisation tranche avec la politique menée jusqu'ici par l'administration Trump, qui a restreint l'aide à la coopération et démantelé l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) l'année dernière.
Un test pour la tutelle américaine
Les États-Unis ne sont plus un simple partenaire extérieur du Venezuela. Comme l'a déclaré Donald Trump après l'enlèvement de Nicolas Maduro par les forces spéciales américaines, ils sont en quelque sorte « aux commandes » du pays. Officiellement dirigé par le gouvernement de transition de Delcy Rodríguez, le Venezuela est sous pression de Washington, qui a mis en place des réformes pour s'assurer un rôle central dans la gestion des recettes pétrolières et aurifères, tout en maintenant un régime de sanctions économiques sévères.
« Les États-Unis ne sont pas responsables du séisme lui-même, mais compte tenu de leur rôle central dans la transition post-Maduro, ils ont clairement intérêt à réagir rapidement pour empêcher qu'une urgence humanitaire ne se transforme en une crise politique et sécuritaire plus large », analyse Brian Fonseca, spécialiste du Venezuela, auprès du journal suisse Le Temps.
Le séisme pourrait constituer un test pour Washington. « Le bilan humanitaire des séismes et la reconstruction à venir permettront de déterminer si le gouvernement américain est disposé à soutenir un allié présumé avec des fonds d'aide et des politiques de secours », estime le New York Times.
Des doutes sur l'ampleur de la réponse américaine
Au sein même de l'administration américaine, certains s'interrogent sur l'ampleur de la réponse. Un responsable américain a confié à The Intercept que les 150 millions de dollars promis paraissaient insuffisants au regard du rôle désormais joué par les États-Unis au Venezuela. « N'est-ce pas nous qui dirigeons ce pays ? C'est une obligation qui dépasse le cadre de l'amitié », a-t-il déclaré sous couvert d'anonymat.
D'autant que « tout cela survient après que Trump a semblé suggérer en début de semaine que les États-Unis ont engrangé des milliards de dollars de richesse pétrolière vénézuélienne au cours des six derniers mois », rappelle le magazine d'investigation. Après la chute de Nicolas Maduro, le Trésor américain a mis en place un système de paiement concentrant une partie de la gestion des recettes d'exportation du Venezuela entre les mains des États-Unis, leur conférant un rôle direct dans la capacité du pays à financer sa reconstruction.
Parallèlement, l'administration Trump a maintenu un vaste régime de sanctions, tout en accordant certaines exemptions aux entreprises étrangères souhaitant faire des affaires au Venezuela. « La persistance des sanctions continue par ailleurs de compliquer les transactions financières du gouvernement vénézuélien et des entreprises locales, alors même que les besoins humanitaires explosent », remarque le New York Times, qui précise néanmoins que les sanctions financières portant sur l'aide humanitaire ont été suspendues.
Conséquences sur la politique migratoire et économique
La catastrophe pourrait également remettre en question la politique migratoire américaine. Depuis plusieurs mois, l'administration Trump affirme que la situation au Venezuela est suffisamment stabilisée pour permettre le retour de migrants vénézuéliens dans leur pays d'origine, sans que l'on sache si la catastrophe actuelle pourrait ralentir ces projets d'expulsion. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a reconnu que les séismes représentaient « un revers » pour le plan mis en œuvre par Washington afin de relancer l'économie vénézuélienne et d'organiser de futures élections démocratiques.
Malgré les déclarations de Donald Trump, les résultats économiques du Venezuela sont au plus bas. La croissance économique a enregistré au premier trimestre de cette année son taux le plus faible depuis 2021. Selon l'économiste vénézuélien Francisco Rodriguez, cité par The Intercept, les sanctions américaines ont perturbé les revenus pétroliers qui financent les importations et une grande partie de l'activité économique du pays, contribuant à affaiblir durablement les infrastructures et les services publics. Une fragilité qui risque aujourd'hui de compliquer la réponse à la catastrophe.



